mardi 18 janvier 2011

Meurtres sous benzodiazépines?

Le miroir meurtrier d'Isabelle Servier
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" Le ministère public a requis hier, après deux jours d'audience, «une peine mesurée et curative» à l'encontre d'Isabelle Servier. La fille du fondateur du groupe pharmaceutique Servier était jugée pour avoir tué son mari le 18 décembre 1999. Cinq ans d'emprisonnement, assortis d'une mise à l'épreuve et d'une obligation de soins, ont été demandés par l'avocate générale. «L'intention de tuer existe, mais on ne peut pas considérer qu'elle était en pleine possession de ses moyens la nuit des faits», a souligné Lydie Patoukian-Dekkers. La cour d'assises des Hauts-de-Seine avait évoqué, au cours des débats, les effets des tranquillisants que l'accusée avait absorbés avant de commettre le crime.

Le président de la cour d'assises voudrait que l'histoire soit racontée «dans l'ordre». Le contexte d'abord, puis les faits. Sans cesse, Isabelle Servier, veuve Grange, revient pourtant à son «idée fixe», sa «pensée obsédante» la nuit du crime : «C'était moi ou lui.» Ce 18 décembre 1999, la mère de famille a saisi une hache dans la cuisine, est montée dans la chambre où dormait son mari et l'a frappé à dix reprises. Fin d'une histoire d'amour sincère et pathologique, qu'Isabelle Servier résume d'une voix linéaire, six ans après le meurtre : «Je ne voulais pas entendre parler du divorce, j'étais trop attachée à mon mari.»

Elle a 53 ans aujourd'hui, un corps grossi et un visage marqué. Elle est confuse et «déprimée». Souvent, Isabelle Servier «ne sait plus» et «ne (se) souvient pas». Elle demande «pardon» pour son geste meurtrier, qu'elle ne sait expliquer autrement que par un «coup de folie».

«Je n'ai jamais vu un être aussi doux, aussi pacifique et aussi calme : son destin est absolument étonnant», dit pourtant de sa troisième fille Jacques Servier, le fondateur et président du laboratoire du même nom. Occupé à bâtir un empire pharmaceutique et l'une des plus grosses fortunes de France, le médecin a laissé, dans le passé, le soin d'élever son enfant «distraite, pensive et littéraire» à sa femme. Il essaie aujourd'hui «de la réadapter à diverses activités professionnelles». Et ce père longtemps effacé vient témoigner au procès de sa fille : «Isabelle et Henri allaient très mal. Jusqu'au bout, ils sont restés solidaires.»

«Ils étaient inséparables», confirment à tour de rôle Emmanuelle et Marianne. Elles sont les filles de l'accusée et de la victime. Recueillies après le drame par leur oncle paternel, elles évoquent en pleurant la mémoire de leur père, un homme «gentil, attentif et touchant», et ont «pardonné» à leur mère aimante et «très douce».

Ce couple soudé fonctionnait en miroir, «chacun étant le support de l'autre et le malade de l'autre, à tour de rôle», a souligné un des nombreux psychiatres entendus par la cour. Henri Grange ne supportait pas les comas éthyliques de sa femme – trente-deux tentatives de sevrage», selon Me Olivier Lagrave, avocat de la partie civile. Isabelle Servier était «traumatisée» par la maladie mentale de l'ingénieur brillant et ambitieux. «Il n'y a rien de plus difficile que la maniaco-dépression, dit Jacques Servier. Henri écrivait régulièrement au président de la République. Je dois dire que le cabinet téléphonait pour savoir si la méthode ainsi proposée pour réduire le chômage était valable»...

Dans Voyage au centre de la tête, un récit autobiographique en partie consacré à sa maladie et écrit à la troisième personne, Henri Grange pose noir sur blanc ses idées délirantes. Il évoque surtout la souffrance causée par son trouble psychiatrique. «Henri est debout devant son miroir, anxieux, la crampe au ventre.» «Henri ne peut plus bouger, il reste coincé au fond de son lit. Comment cela va-t-il finir ?»

Comme le président au cours des débats, le docteur Daniel Zagury a essayé de mettre «un peu d'ordre», dit-il, dans les nombreux examens neurologiques et tests psychologiques pratiqués sur l'accusée. L'expert conclut à «une atténuation du discernement» d'Isabelle Servier, qui avait absorbé huit anxiolytiques (selon ses aveux) au cours des heures précédant le meurtre. Cité par la défense, le professeur Ollier, chef de clinique à l'hôpital Sainte-Anne, souligne le risque de désinhibition, un effet secondaire de ce médicament. Pour le psychiatre, qui suit l'accusée depuis quatre ans, Isabelle Servier a obéi à «une idée prévalente qui ne peut être discutée». Elle a agi, ce 18 décembre 1999, «dans un état second», «sans liberté»."

Un article de Delphine Chayet.

Cela est fort intéressant; il s'agit de la fille Servier, du labo qui a commercialisé le Médiator. Il parait qu'elle-même aurait commis son homicide sous le coup d'un benzodiazépine ( lexomil). Comme quoi même la famille la plus stigmatisée  pour l'heure pourrait elle-même  être victime d'un effet secondaire de médicaments.




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