jeudi 17 avril 2014

Simulateur

J'ai revu mon quadragénaire qui profite d'un lit médicalisé pour se coucher tout simplement, sous le prétexte d'une fracture il y a cinq ans. Il y a quelques mois je lui ai dit " non, trouvez-vous un autre lit". 
Et qu'a-t-il fait à votre avis?
Une semaine après il vient, avec une Douleur Epouvantable dans le bas de la colonne vertébrale et en boitant comme un fou. " Oh docteur, j'ai mal, j'ai mal". 
Je l'examine, pas de raideur, pas de "noeud" dans le dos, pas de chaleur etc. Et il me demande: " Et pour mon lit? Vous voyez que j'en ai besoin". 
Je lui ai renouvelé deux mois en étant ferme, C'est La Dernière Fois!
Et je ne l'ai pas revu. Ca ne me dérange pas d'être prise pour une cruche, c'est son problème. Mais je suis rarement tombée sur un simulateur et ouste, du balai, mes patients doivent être un tout petit peu honnêtes,  assez pour qu'on puisse faire de la médecine. 

dimanche 13 avril 2014

Prison non thérapeutique

Un de mes patients s'est retrouvé en prison pour conduite sans permis. C'était une récidive. Il n'a même pas pu voir naître sa fille ( un an de prison).
OK, il a fauté. Mais ce n'est pas un criminel, il n'a pas volé le porte-feuille d'une mamie, il n'est pas toxicomane. La prison l'a-t-elle aidé à régler son problème ( de conduire sans permis?) Est-ce thérapeutique? Le taux de récidive suite à la prison est absolument phénoménal et en plus on y apprend des tas de chose fort utiles et absolument illégales. 
En discutant avec lui une idée m'est venu: faire toutes les semaines dans les écoles durant un an de la prévention routière! C'est vicieux et ça amène à quelque chose. Et il aurait pu passer son permis. 

Il va le passer ce foutu permis. Mais je pense à tous mes autres patients qui circulent sans permis, qui évitent de se déplace quand il fait beau, les axes préférés par la gendarmerie, et certains horaires; c'est tout le jeu du chat et de la souris. Et en plus ils n'ont pas d'accident, prudent comme ils le sont. 

vendredi 11 avril 2014

les générations passent...

Une jeune patiente:
" Docteur, votre remplaçante est vraiment très jolie, on ne peut le nier. J'ai demander à mon mari de ne pas la consulter trop souvent. Par contre vous, aucun problème, j'ai confiance, il peut venir quand il veut".

Et oui, j'ai 48 ans, et les sympathiques patientes me le font remarquer, très gentiment d'ailleurs!

jeudi 10 avril 2014

Combler le déficit de la Sécu?

Passage d'une dame de la Sécu pour me parler ce jour de l'obésité chez l'enfant. Ouais, bof... ils font quand même une campagne pour sensibiliser les familles, car  certaines paraît-il pensent qu'on est bien portant quand un enfant  a quelques formes et ça bouffe de la pizza et du Mc Do, bref  le cliché. 
Mais 98% de mes patients ne sont pas comme ça, ils ont conscience qu'un enfant gros ne se porte pas forcément bien, et ils font gaffe autant que possible. 
Mais je lui ai cité l'exemple d'un gamin que je suis déjà depuis 10 ans: il a été bourré de cortisone, car le pauvre enchaînait laryngite sur laryngite, et en médecine classique il n'y a pas d'autre solution. Heureusement cela s'est tassé et j'ai pu donner des aérosols... de cortisone. 

Mais la madame Sécu m'a parlé d'un sujet beaucoup plus réjouissant: le recours contre tiers. Qu'est-ce? Un formidable moyen de combler le déficit de la Sécu s'il est convenablement utilisé: vous vous faites casser le nez par un rival, la Sécu paie tous les frais mais va se retourner contre l'agresseur, et contre l'assurance de celui-ci.  Et comme ça l'opération idéalement sera blanche pour elle et le patient ne sera pas lésé non plus. 
Et dans les années à venir elle intensifiera les procédures; déjà elle forme des médecins pour appliquer la procédure. 
Et la dame Sécu a rit quand je lui ai dit que lorsque certains étaient heureux avec une bonne glace, moi, c'était le  dossier pédagogique du  recours contre tiers qui me réjouissait!  On a chacun ses plaisirs. 

mardi 8 avril 2014

Erreur médicale?

Un professeur nous a raconté cette histoire qui aurait pu se finir très mal: un jeune homme se promenait dans la rue tranquille, un pickpocket s'est approché et l'autre a détalé comme un lapin. Seulement il a été arrêté en pleine course par une douleur foudroyante à la hanche. En hurlant il a fait fuir l'intrus. 
Il a attendu que cela lui fasse moins mal, mais a décidé de consulter un médecin, car une boule se formait à l'endroit où il avait eu mal. Un examen des tissus a été pratiqué et le diagnostic est tombé: cancer à opérer en urgence. 
La veille de se faire opérer un orthopédiste passe dans les couloirs de l'hôpital, le cancérologue le hèle: " Ca te dit de voir une radio?" Il la regarde, demande à voir le patient. En fait c'était un petit bout d'os qui s'était cassé, et un cal osseux était en formation, ce qui simulait un cancer. 
Pas possible me direz-vous? Exceptionnel? On ne voit ça que dans les livres? 

En fait j'ai peut-être mon cas perso à moi et si c'est ça c'est épouvantable car le patient s'est fait opérer, a reçu une chimio préventive et est impotent  depuis. On attend le dossier médical. 

pas logique

Un de mes patients tout  à fait frais si l'on peut dire,  a travaillé dans l'amiante durant dix ans. Mais heureusement ce n'était pas le genre de travail où l'amiante volait partout dans l'atelier, même qu'il n'y avait pas de douche et les petit copeaux grisâtres  volaient en tous sens  lorsqu'on retirait ses vêtements de la journée. On en retrouvait parfois jusque dans son lit en faisant un gros câlin à son épouse... la plupart de ces ouvriers ne sont plus là pour en parler. 

Donc ce patient très en forme est indemnisé pour faute inexcusable de l'employeur, mis en retraite anticipée et avec  une retraite convenable. 
On est arrivé au bout du système d'indemnisation et au-delà. je ne dis pas qu'il ne faille pas l'indemniser, mais au nom du "préjudice d'anxiété", il ne faut pas exagérer. il aurait pu retravailler. Mais non, on n'y touche pas, il a "subi l'amiante". 
Autant dire que le patient en profite comme il se doit, et croque la vie à pleines dents  puisqu'on lui offre l'argent, il aurait tort de s'en priver. 

Elle pourrait faire la même chose avec le médiator, les victimes reconnues ( très peu nombreuses) touchent en moyenne 3500 euros, pour de multiples souffrances, cardiaques et psychiques. 




dimanche 6 avril 2014

contraception et effets secondaires

Peut-être que certains pourraient se lasser que je relate si souvent des effets secondaires mais ils " me sautent dessus":

Ca fait 14 ans que je suis une charmante femme, qui actuellement est quadragénaire. Elle a souffert d'embolie pulmonaire et d'insuffisance cardiaque peut avant que je m'installe, au point que les cardiologues lui ont déconseillé formellement d'avoir plus d'un enfant. Je vous laisse imaginer l'impact de cette mauvaise nouvelle sur elle.   Sa famille n'a pas de problème cardiaque.
Il y a quelques mois, une idée, " que preniez-vous comme médicament juste avant d'être malade?
- Diane 35". 
Et voilà, on ne l'invente pas. Elle a été victime d'embolie pulmonaire et ça a gâché à moitié sa vie de femme. 

Une autre patiente, qui n'est pas une des mienne, mais si l'on peut dire une sympathisante, 45 ans, un peu ronde, fumeuse me dit " docteur, je suis obligée de prendre du xanax (benzodiazépine), je suis stressée, nerveuse, mes enfants pourront vous le dire.
- Madame, je crois que vous voulez me faire sauter en l'air, vous connaissez mon avis sur la question. Au fait, prenez-vous la pilule?
- oui, Adépal
- Alors, ne cherchez pas, en plus vous avez plus de 40 ans, fumeuse, ça fait des contre-indications relatives qui se cumulent. Et sur la notice d'Adépal  il y a écrit: " hyperactivité hostile". Alors vous allez chercher un gynéco qui vous trouvera la contraception la mieux adapté". 

Alors prendre la pilule, c'est bien mais garder un oeil vigilant si n'importe quoi de bizarre arrive. Et dans l'idéal ce serait génial si on pouvait, en même temps que le cholestérol et le sucre, doser si la jeune femme est porteuse du facteur 5, une mutation qui favorise les thromboses veineuses. Pour ces dernière, on trouve une autre contraception.