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mardi 3 février 2015

Foutoir

Il m'aura fallu une demi journée pour diriger celle de hier: les patients se bousculaient, les rendez-vous étaient en double ou en triple ou non prévus. Et tous les arguments étaient bons pour se faire accepter, je vais tâcher d'énumérer: 

" mais vous ne voulez pas que mon fils guérisse?"
" Je suis venue sans rendez-vous mais vous êtes tellement gentille!"
" j'ai pris rendez-vous  (aujourd'hui) seule mais mon fils entre temps est tombé malade" (sic)
" Je ne pouvais pas attendre, c'est pour un arrêt de travail"
" Je serai très rapide ( et finalement il faut faire des ordonnances pour toute la famille, y compris le chien ( ça m'est déjà arrivée)
" Elle n'a pas grand chose mais c'est au cas où elle s'aggrave";

Et le meilleur pour la fin, il s'agit d'un papa et de ses deux filles: 
" mon épouse a téléphoné" et il me le répète au bout de 5 minutes. Mais la plus jeune a vendu la peau de l'ours: "oui, maman a appelé mais elle n'a pas réussi à joindre le docteur!" Et ils sont venus pour deux consultations!

Et j'ai eu d'autres compliment "je ne vous donnais que 35 ans!" " Vous êtes un tellement bon médecin", tout ça pour faire passer la pilule. 

Non je ne suis pas exceptionnelle, je suis dans une zone de désert médical tout simplement!

Mais ce n'est pas gérable, je ne fais pas de l’abattage. Alors les patients vont attendre le temps qu'il faudra et surtout une petite pause ou deux dans la semaine ce n'est pas de refus.  

mercredi 7 janvier 2015

piégée

En consultation avec une patiente, devant son ordonnance très courte ( un levothyrox pour la thyroïde), je décide de tester l'aide à la prescription sur mon nouveau logiciel.
Alors je tape laborieusement levothyrox 75, et je retrouve sur l'ordonnance: Levothyroxine!!! un générique!!!

Cela veut dire que le dictionnaire Vidal intégré à mon logiciel a ordre de changer tous les médicaments en génériques sans me laisser le choix!
J'ai donc repris mon ordonnancier et mon crayon, mes fidèles compagnons depuis plus de 20 ans et ai laissé tomber le Vidal électronique à 19 euros par mois.
J'ai bien envie de prononcer le mot de Cambronne.

PS: lévothyrox et lévothyroxine ne contiennent pas la même dose de principe actif et mes patients sont déstabilisés s'ils passent intempestivement de l'un à l'autre


lundi 5 janvier 2015

Oui je travaille tard

Une patiente à 20h15 qui s'extasie " Oh mais vous travaillez tard docteur!"
Qu'est-ce que je vais lui faire? la tordre par le cou jusqu'à ce qu'elle comprenne qu'Elle me fait travailler tard!

samedi 13 décembre 2014

Privé de docteur

Une patiente à son adorable petit garçon de 5 ans que j'adore et qui me le rend bien: " si tu n'es pas sage, tu seras privé de docteur!" Le summum de la punition, non?

lundi 8 décembre 2014

Un certificat personnalisé

Pour qu'un jeune homme puisse se nourrir convenablement à son travail j'ai rédigé ce certificat: " je soussignée, dr Vincent certifie que monsieur Lacombe étant au régime sans sucre, sans gluten et sans lait doit pouvoir se servir d'un micro-onde à discrétion". 
Les patrons  avaient retirer le micro-onde sous prétexte que tous les employés amenaient leur gamelles. Pourquoi ne se posent-ils pas la question si la nourriture de la cantine est assez comestible? 

vendredi 5 décembre 2014

Exit Pratis Live

J'étais inscrite depuis huit ans à Pratis Live, un logiciel de télétransmission. Eh bien, il nous a lâché comme une vieille chaussette, plus personne ne répond, il est mort sans envoyer de faire part de décès comme l'a écrit un confrère.

C'est le monde actuel et c'est du n'importe quoi, beaucoup de médecins vont se retrouver le bec dans l'eau et c'est évident que l'on a autre chose à penser avec le flux de patients.  Je dois refuser tous les nouveaux patients qui se présente, en ayant déjà 1500 inscrits. Dommage pour eux, mais il y a un vrai problème dans nos campagnes.


mercredi 3 décembre 2014

Un cadeau du fond du cœur


Un patient durant la consultation m'a raconté certains trucs intimes. A un moment, pensant peut-être qu'il en avait trop dit, il m'a demandé: "je ne vous choque pas docteur?" Evidemment que non.

Et comme il était tout content d'avoir vidé son sac sans être jugé il a conclu: " je vais vous faire un petit cadeau la prochaine fois, une chanson paillarde que j'ai composé pour vous".

Merci, merci, c'est trop d'attentions, je n'avais jamais reçu encore ce genre de cadeau!
Ca m'a rappelé le charmant tableau de le père Noël est une ordure.  Si nous ne vous en souvenez plus, regardez de nouveau cette scène d'anthologie!

dimanche 30 novembre 2014

trop c'est trop

58 patients lundi dernier, facilement 20 de trop.
J'appréhende demain. La médecine générale ce n'est plus du tout rigolo. 

jeudi 27 novembre 2014

une consultation inconfortable

Un patient me quitte, une autre prend sa suite: 
"Docteur, ça vous arrive souvent d'avoir des patients comme celui d'avant?
- Oui, pourquoi? 
- Eh bien il s'est installé à côté de moi et m'a tenu tout un discours durant dix minutes  sur les noirs qui étaient des fainéants, des pauvres types etc. Je suis bien placée pour savoir que non (son mari est noir). 
- Je suis désolée pour lui, il n'a pas été du tout futé. 
- Et puis je ne vous dis pas, il a traité de Belphégor la patiente qui va suivre. 
- Je n'ai pas entendu". 
Je suis dans mes petits souliers car ce n'est pas le style du cabinet, en général on s'y  côtoie sans agressivité. 
La patiente d'après, tout de noir vétue: 
" Il est bizarre le patient d'avant, il m'a fait un sourire en me disant des choses tout bas. Qu'a-t-il dit?
- Je ne sais pas trop, heu... 
- Mais si, ça n'avait pas l'air forcément sympathique. Qu'est-ce qu'il a dit?
- (je me ratatine un peu) Il vous a traité de Belphégor". 

Merci vilain monsieur de m'avoir mis dans une position délicate! Je vous mettrais bien enfermé dans une pièce avec toutes mes relations "différentes" selon vos critères! Mais si j'étais une de ces personnes, je vous répondrais tout simplement "je vous remercie de m'avoir donné votre point de vue. On est en république et on applique la liberté de s'exprimer, reconnue dans la constitution". Le conseil que j'ai donné à ma voilée. 

« 1 - Toute personne a droit à la liberté d'expression. Ce droit comprend la liberté d'opinion et la liberté de recevoir ou de communiquer des informations ou des idées sans qu'il puisse y avoir ingérence d'autorités publiques et sans considération de frontière. Le présent article n'empêche pas les États de soumettre les entreprises de radiodiffusion, de cinéma ou de télévision à un régime d'autorisations. »

mardi 11 novembre 2014

Un candidat au suicide?

C'est en train de devenir d'une banalité affligeante et désespérante: un homme de 58 ans  est s'est présenté hier:
" Docteur, je ne vais pas bien, je n'ai pas le moral. 
- Que se passe-t-il? 
- Au bout de 26 ans de carrière, le directeur m'a dit qu'il n'avait plus besoin de moi. Il allait prendre un prestataire de service pour tous les petits services que je rendais ( plomberie, électricité, poubelles, pannes en tous genres... malheureusement pas un boulot dans la production)." 
Je le regarde et ai un gros doute:
" Monsieur, vous n'avez pas de mauvaises pensées, dites?
- .... h.....h"
Quatre fois en 20 minutes que je lui ai demandé. Il m'a répondu à la fin "non" mais je n'y ai pas cru. 
Que faire avec lui? Il est fini, c'est comme ça qu'il se sent, il a été lourdé pour des questions économiques. Si je lui file un antidépresseur, ça lui donnera le courage de passer à l'acte, les benzodiazépines ne sont pas utiles, il est de plus trop  calme. 
Alerter sa famille? Il n'a pas dit oui" à la question du suicide. Je ne lui ai donné qu'une semaine d'arrêt avec sûrement nouvelle consultation très bientôt en espérant désamorcer la situation. 

Fichue crise, et on nous balade avec des Mariage pour tous, des Nabila, du voile intégrale et des ragots de cours d'écoles au plus haut du gouvernement. Certains ont visiblement d'autres priorités. 

vendredi 10 octobre 2014

petit mensonges de patients

Parfois les patients me mentent de façon éhontée:
" Vous prenez encore des antidépresseurs?
- Non docteur".
Mais il y a quelques jours j'ai eu un doute et grâce à la carte de ce patient déprimé depuis 12 ans (!), je vais sur le site de la Sécu et lit sur son dossier " Effexor".
- Monsieur, je vois que vous prenez des antidépresseurs, pourquoi me dites-vous le contraire?
- J'avais peur que vous soyez fâchée".

Et un autre:
" Vous buvez?
- Non docteur, je ne fais pas comme mes voisins, toujours bourrés".
Et je reçois ses GGT il y a trois semaines: 1126!!! ( au lieu de 50 environ). Il a fait un petit séjour à l'hôpital.
En revenant je lui demande: " mais enfin, vous buvez?
- Non non.
- Mais rien qu'un peu?
- Oui, whisky midi et soir, mais ce n'est pas boire.
- Et un ou deux à la fois?
- deux à la fois".
Ou  par exemple cette femme qui trompe son mari et qui m'assure qu'elle n'a jamais rien fait: il se trouve que la grosse dépression du mari a découlé directement de cette infidélité, et je ne le savais pas.

Ils font ce qu'ils veulent mais je ne peux pas les soigner efficacement si je n'ai pas tous les éléments, et c'est frustrant.

lundi 4 août 2014

fantôme farceur?

Quelqu'un aurait-il une petite idée de qui arrive à mon ordinateur? J'ai un logiciel médical depuis quelques années, et depuis quelques mois maintenant il me fait des fantaisies: mes ordonnances tantôt sont datées d'une date fictive ( genre 12/12/12), tantôt de la vraie date et les pharmaciens ne sont pas forcément ravis. 
Un patient informaticien à qui la mésaventure est arrivée,  a vérifié les paramètres rapidement: mon ordinateur est à la bonne date. 
Il ne reste donc que la théorie du fantôme farceur mais si quelqu'un en a une autre plus pragmatique, je suis preneuse. 

vendredi 1 août 2014

Une démence

Depuis quelques temps une patiente me causait quelque souci mais sans plus: elle sombrait doucement dans une démence calme qui ne se manifestait qu'ainsi: chaque jour elle préparait un plateau repas pour son mari placé pourtant  en maison de retraite, le posait dans le salon et se plaignait quand on lui demandait pourquoi le plateau "il ne mange pas, avec tout ce que je fais pour lui, ça me fatigue. D'ailleurs il est parti en promenade". 

Ses enfants m'ont appelée, affolés: non seulement elle prépare maintenant trois plateaux repas "pour les gens", mais de plus elle ne se nourrit plus, ne se lave plus, laisse les volets ouverts la nuit  et  le gaz allumé. 

Ce qui est le plus surprenant c'est qu'elle a vécu démente "compensée" depuis autant de temps (deux ans au moins). Elle a été hospitalisée "contre son gré" mais pour la sécurité du voisinage et la sienne incidemment. 

Il y a quelques années, une autre de mes patientes, d'un âge très avancé, voulait rentrer dans sa maison... d'il y a 60 ans que des "nouveaux propriétaires" habitaient. Il a fallu aussi la placer. 

jeudi 31 juillet 2014

grivoiseries

Un patient sous antiparkinsonien: " Oh, docteur, vous êtes toujours très bien, vous êtes toute bronzée. Dites, vous êtes bronzée de partout?"

C'est que ça rend égrillard ces petites pilules-là! 
Cela provoque aussi un syndrome de jeu pathologique, mais heureusement ce patient libidineux n'a pas internet et ne conduit plus! 

mardi 29 juillet 2014

retour de vacances

J'avais mis un panneau dans la salle d'attente "le docteur ne prend plus de nouveaux patients. Merci de votre compréhension. Les journées n'ont que 24 heures". 
Et bien un petit malin me l'a retirée! Pas les autres panneaux, non, ni les blagues que j'ai collées. C'était sûrement un patient désespéré qui voulait faire du forcing. 

Ce n'est pas comme ça que je voyais la médecine générale autrefois: mon premier remplacement, le médecin ne recevait que 13 patients par jour et j'imaginais qu'il fallait se battre vaillamment pour être le meilleur, le plus consciencieux et faire le maximum de pub tout en n'en faisant pas,  ou du moins en n'en ayant pas l'air ( interdit par le conseil de l'Ordre).  

Non, non, ce n'est pas ainsi que les choses se passent et mon téléphone est débranché dix heures sur 12, et un de mes confrères part en retraite, et les autres sont en vacances, et je craque pratiquement: à peine sortie de l'avion il a fallu partir en urgence au cabinet pour les patients que ma secrétaire avait inscrits! 



jeudi 10 juillet 2014

Lapsus

Un patient encore vert et très polisson  me raconte: " Docteur, je n'ai eu que deux rapports avec votre consœur...".
Non monsieur, on dit " j'ai consulté votre consoeur"!

lundi 30 juin 2014

En mode survie

Je suis en mode survie depuis que ma consœur  m'a quittée pour s'installer dans un autre canton; les patients sont affolés et dépités et l'accablent de tous les vices possibles. 
Mais en attendant pour ceux qui restent ce n'est pas facile, et je répète dix fois par jour la même chose: "mais non, je n'étais pas plus au courant que vous, je l'ai su trois jours après qu'elle soit partie. Si vous voulez récupérer votre dossier, écrivez-lui à l'adresse de son cabinet ça suivra, surtout n'oubliez pas la formule, " selon la loi du 4 mars 2002, le patient peut avoir accès à tout son dossier, alors je vous demande de me le retourner dès réception de cette lettre s'il vous plait". 

Et je sens que je vais placarder ce petit discours sur les murs de mon cabinet pour éviter la salive et tout le précieux temps perdu en rabachage. Et pour ceux qui n'ont pas compris, je n'applique pas la reformulation chère aux techniques de communication: juste:
"elle m'a quittée je n'en sais pas plus".  Et basta. 

Pourquoi manque-t-on aussi cruellement de médecins campagnards? C'est agréable de ne pas avoir de feux rouges, d'entendre les oiseaux, d'avoir une belle maison donnant sur les bois, d'être à 45 minutes du stade de France et à 20 mn des grands centres commerciaux! 
 Les confrères, vous ne voulez pas faire un stage dans mon cabinet? 

mardi 17 juin 2014

Bizarreries

Parfois dans mon cabinet se disent des choses assez surprenantes, pas du genre évidemment qu'un psy nous a dit en cours " Il faut s'attendre à tout en cour d'assise. Un jour j'ai failli être désarçonné par une femme qui me demandait le nombre de fois convenable pour faire l'amour par semaine".

Non, cette question est assez basique et je laisse chacun découvrir son rythme idéal.

Mais une patiente m'a confié avoir tiré un jour les cartes à mon grand remplaçant charmant ( ça rime)! Quand elle s'est mise à lui raconter des trucs un peu intimes, heureusement il a écourté ce léger dérapage.

Il y a un mois aussi, j'étais en consultation avec une petite famille tout à fait sympathique et calme, puis j'ai ouvert la porte pour qu'ils s'en aillent et laissent entrer un autre patient. Et il me demande:
" Ca sifflait chez vous?
- Bien non.
- Mais enfin, j'ai entendu des sifflements durant quelques minutes, j'ai même ouvert la porte d'entrée pour voir si ce n'était pas dehors. L'autre patient encore en salle d'attente vous le confirmera".

Effectivement, un esprit farceur est venu s'inviter chez moi! Et je n'ai rien entendu.

dimanche 15 juin 2014

Encore seule

Me revoilà encore toute seule, mon associée m'ayant abandonnée avec ses patients, d'abord pour cause personnelle quelques mois, puis définitivement avec ses dossiers sous le bras. On pourrait dire qu'ils courent dans tout le canton comme des poules égarées, mais plutôt comme des pèlerins aux abois, qui trouvent les portes de tous mes confrères fermées pour les nouveaux patients.
Et moi aussi: non seulement j'ai écrit que je ne prends plus de nouveaux patients, mais j'ai écrit "les journées n'ont que 24 heures".  Trop c'est trop.
Je me mets à rêver:
- si une infirmière travaillait avec moi et me décharge des vaccinations, des pesées, mesures, des conseils aux jeunes mamans, de l'éducations des hypertendus (non monsieur, l'efferalgan est bourré de sel, pas bon avec votre tension), des diabétiques ( le croissant du matin est superflu), des plaies etc.
- si j'étais équipée d'un secrétariat qui s'occupe des règlements, m'apporte le café, me rappelle les ordonnances en souffrance,  reçoive les patients, les écoute gentiment et soit ferme avec certains, s'occupe des fuites, pannes de courant, d'ordinateur etc.
- si je n'avais pas à faire les certificats de sports, les arrêts enfant malade, faire les bons de transport que les hôpitaux ont eu la flemme d'écrire, demander les 100% ( c'est idiot, la Sécu pourrait le faire).
Quel temps serait dégagé!

Mais tout simplement on est en train de nous dégoutter tous de notre travail, car le temps diagnostic et thérapeutique est bouffé par les autres contraintes à la noix.




vendredi 30 mai 2014

Pourquoi me quitte-t-on?

Mon associée étant absente, un ancien patient est revenu me voir. Il souffre malheureusement de polypathologie invalidante, tout y est si on a un peu d'imagination. Et je lui ai posé la question, tant redoutée par mes confrères ( et par moi bien évidemment)
" Pourquoi m'avez-vous quittée monsieur? 
- ben heu... 
- Parce que je n'étais pas assez courtoise?
- Non docteur.
-Parce que je ne suis pas assez bon médecin?
- Non docteur.
- Mais alors?
- C'est que votre associée est bien plus jeune que vous, alors je voulais voir si, la médecin ayant évolué....bla bla..."
Y'en a marre de prendre mon âge dans la tronche! Moi aussi je suis capable encore de faire un bébé! 
Mais j'étais heureuse de sa franchise. Merci Monsieur Viking!