jeudi 18 juillet 2013

Dites-moi que je ne parle pas dans le vide SVP!

En maison de retraite j'ai examiné un patient qui était tombé. En regardant l'ordonnance j'ai vu: Imovane, un somnifère couramment prescrit. Seulement, chez quelqu'un qui a déjà une démarche difficile, est-ce bien judicieux? Cela provoque des chutes, surtout nocturnes, les patients endormis voulant quand même aller faire pipi. 

Une de mes octogénaires  est venue ce matin accompagnée de sa fille: elle a dû prendre le train toute seule et a dû changer sa valise de place pendant le trajet. Manque de bol, celle-là  était vraiment très lourde et maintenant la vieille dame souffre d'une lombalgie tenace. Et je lis sur l'ordonnance du médecin de vacances: Stilnox et Imovane. 13 ans que je lui répète de ne plus en prendre. Et comme elle tient  à me garder comme médecin traitant, elle se fournit où elle peut: les copines, les médecins de passage, les remplaçants du docteur Cravate, elle n'y regarde pas pourvu qu'elle ait sa dose. Je le dis à sa fille qui répond " Tu te souviens maman, ton Imovane t'a valu deux mois dans le plâtre! Tu avais voulu te lever en pleine nuit et tu es tombée". 

J'ai l'impression que je parle dans le vide. Dites-moi, je parle vraiment dans le vide? Quand je dis que les somnifères peuvent induire des chutes, est-ce vraiment incongru de le souligner? Ou certains internautes, grâce à mes mises en garde les ont réduits ou ne les ont pas commencés? 

mardi 16 juillet 2013

Le généraliste en bout de chaine

Une patiente, femme de ménage de son état  est revenue de chez le chirurgien où je l'avais envoyée pour éventuellement se faire opérer du rachis lombaire ( le disque flirte dangereusement avec la moelle épinière, lui provoquant des sensations peu agréables dans la jambe).
Elle démarre: " Il m'a dit que j'étais foutue, il ne veut pas m'opérer mon dos. Il m'a redit plusieurs fois combien j'étais foutue! Que je n'avais qu'à voir mon généraliste pour prendre des cachets et faire de la kiné. Mon dos c'est comme des amortisseurs usés, on les change sur une voiture, mais pas sur un humain". 
Et le mari acquiesce. 

Je me suis mise en pétard contre ce spécialiste qui démonte le moral de mes patients. Et j'ai programmé des séances de kiné intensive en téléphonant au kiné pour lui expliquer mes desiderata, c'est à dire muscler au maximum la ceinture abdomino-lombaire. 

Un peu plus tard un charmant monsieur revient avec le moral dans les chaussettes: 
" Vous m'avez envoyé chez un neurologue parce que je tremble. J'ai parlé de quelques cas de  Parkinson dans ma famille, et il m'a mis direct sous antiparkinsonien. J'avoue que j'ai eu peur des effets secondaires car je pilote. Et quand j'en ai parlé au neurologue il m'a répondu : " vous oubliez les avions et vous prenez vos cachets à vie". Il a juste oublier de me demander depuis quand je tremble,  ça m'arrive depuis le CM2, j'ai toujours eu une écriture épouvantable, surtout quand je stresse."   

Un bétabloquant ( Avlocardyl indiqué pour les tremblements essentiels) devrait suffire pour lui, et il pourra encore voler à sa guise. 

Messieurs les spécialistes, arrêtez de bousiller le moral de mes patients SVP!   Car en dernier recours le généraliste devient tout-puissant quand le spécialiste a estimé qu'il n'y a plus rien à faire d'autre. 

dimanche 14 juillet 2013

Mauvais pressentiment

Je vois un patient en pointillés, et la consultation finit toujours par un examen de ... son petit oiseau! Non je ne suis pas bégueule, j'en ai vu des joufflus, des timides, des gros, des petits, des costauds bodybuildés, des mollassons,  certains qui ont beaucoup d'heures de vol, des noirs, des jaunes, des blancs, des circoncis, des chapeautés, c'est mon métier alors j'examine délicatement avec un gant.

Mais ce patient: c'est systématique, dés que je vois le nom de ce patient sur l'agenda je sais que  je vais y avoir droit. Et si j'en cause dans ce post c'est que je ne suis pas à l'aise. Et tout est fait en sorte que je me sente Obligée de lui demander   à un moment: " Ca vous ennuie de me la montrer?"  Et il dégaine illico son instrument d'une taille fort  respectable.  Et il est toujours déprimé; quand je lui demande ce qui ne va pas, il répond "j'ai des problèmes". En tout cas ni de fric, ni de boulot, ni de bonne femme. 

Tout ce qu'il a gagné c'est que j'ai écrit dans le dossier à l'attention de ma consoeur: "télephone-moi dés que tu as ce message". J'ai un mauvais pressentiment. 
Et s'il me lit ce n'est pas bien grave, si ça pouvait le faire réfléchir. 

vendredi 12 juillet 2013

Régime et anticoagulants

J'aime vraiment un couple, ils sont sympathiques, cultivés, ont toujours de délicates attentions envers moi. Autrefois ils sillonnaient la France pour le plaisir et ses bons vins. Mais ils ont arrêté tout voyage depuis quelques années car l'âge et la maladie les ont rattrapés, la voiture a été vendue de peur d'être une tentation déconseillée. 

Il s'est confié à moi un jour qu'il a pu venir sans elle: " je ne supporte plus la situation, mon épouse est toujours sur mon dos, elle a peur de tout, elle me demande de prévenir quand je vais chez les voisins, je craque". Comme  j'ai un seul son de cloche, ainsi que j'en ai l'habitude de faire, je le range dans un coin de mon cerveau au cas où...

Hier je vais en visite chez eux; le mari est sous anti-coagulant et l'épouse se lamente: 
" C'est dur de lui faire à manger: il n'a droit à aucun légume vert.
- Je ne pense pas que c'est ce que le cardiologue vous a dit: des légumes, oui mais avec de la régularité: de la salade le lundi, du chou le mercredi, des courgettes le samedi par exemple. Ce qu'il ne faut pas faire par exemple est de se bourrer de choucroute une semaine et de légumes verts, et de ne rien prendre de tout ça la semaine suivante: cela change trop les valeurs de dé coagulation.
- Non docteur, absolument aucun légume depuis des années, c'est vital pour lui".
Et elle me montre un carnet: jour après jour elle a noté absolument tout ce que son mari mange, et la qualité de son sommeil.  
Je comprends le calvaire que le pauvre type doit subir au quotidien. Mais ce qu'elle rajoute résume tout " j'ai tellement peur qu'il meure". 

Quoi répondre?

Pour en revenir aux anticoagulants, la régularité est gage de réussite: si vous êtes un fan de choucroute ( j'y reviens, ayant des racines alsaciennes), mangez-en régulièrement, ainsi que tous les légumes que vous aimez: si vous mangez peu de légumes, la dose d'anticoagulant sera moindre tout simplement. 

jeudi 11 juillet 2013

logiciel bon à tout... ou à rien

Une de mes patientes s'est coupée en taillant les roses; tant mieux pour elle, la coupure n'a pas nécessité de points de suture, uniquement des strips, et le vaccin tétanique. 
Seulement elle est sous immunosuppresseur. Et elle me demande: " N'y a-t-il aucun danger à se faire vacciner?
- Non madame, aucun. Tenez, je vous montre ce qu'il y a écrit dans le Dorocz ( dictionnaire des médicaments): aucune contre-indication, y compris chez la femme enceinte. 
- OK, je vais le chercher". J'écris Tétavac qui contient uniquement de l'antigène tétanique en script comme j'en ai l'habitude afin que les pharmacies me comprennent bien.

Elle revient peu après: 
" Voilà! J'ai téléphoné à mon rhumatologue, il est aussi d'accord, mais pas pour un vaccin conjugué".
Je prépare la seringue machinalement, soudain la patiente me dit: " Mais il y a de la coqueluche dedans!"
La pharmacie a délivré Tétravac ( diphtérie, tétanos, polio, coqueluche)!

Je télephone alors et la préparatrice répond à mes questions: " Il n'y a pas eu de message d'alerte sur l'écran, alors j'ai délivré le tétravac!"

Quand la machine remplace l'homme... Et si la patiente avait eu des effets indésirables, c'est la machine qui serait poursuivie?


mercredi 10 juillet 2013

Changement de médecin

Une septuagénaire:
" Docteur, je suis très gênée d'avoir changé de médecin, vous n'étiez pas là un mercredi quand j'avais un problème de gencive  alors j'ai consulté votre consœur et de fil en aiguille...
- Mais ne vous inquiétez pas madame, si j'ai pris cette associée c'est que j'ai toute confiance en elle.
- Je suis soulagée que vous le preniez aussi bien. Je voudrais vous parler aujourd'hui..."

J'ai regardé discrètement sur le site de la Sécu: elle m'a bel et bien quittée! Je pense que je n'aurai jamais la vrai réponse, mais le plus probable est qu'elle devait sentir qu'elle tournait en rond avec moi: entre les jambes, le dos, le poids, la peau, les cystites, le moral,  l'arthrose, les dents et tout le reste, c'est vrai que parfois les bras m'en tombaient. J'avais juste une toute petite appréhension de la consultation quand je voyais son nom sur le planning. 
J'espère juste que mon associée ne se fatiguera pas de sitôt de tous les problèmes qui ont chez la patiente une fâcheuse tendance à s'accumuler et se télescoper. Car c'est la dernière chance de la patiente: le docteur Cravattte, mon ancien confrère n'a plus non plus l'heur de lui plaire et il n'y a pas d'autre nouvelle installation en vue.