jeudi 9 septembre 2010

Thésauriser les psychotropes

Une journée difficile; une patiente est venue pour un arrêt de travail. Elle est en dépression et le médecin de la Sécu a voulu absolument qu'elle aille voir un psychiatre au CMP (centre médico-psychologique), ou ses arrêts de travail ne seraient plus pris en compte. Il lui aurait lancé texto " si vous n'y allez pas il y aura des représailles".
Alors elle y est allée et en est ressortie il y a trois mois avec un antidépresseur  , un somnifère et un calmant ( atarax 100) . Je pointe du doigt chacun et lui demande " le prenez-vous?" et elle me répond:
" Pas l'atarax 100, parfois le somnifère". Et j'insiste sur l'antidépresseur: " et ça?" et elle un peu évasive: " non, non".
Plus loin dans la conversation je lui demande si elle n'aurait pas des mauvaises pensées: " si docteur, des tas, mais l'idée de ma famille me retient. Si elle n'était pas là je le ferais".
Et pendant que l'on était en train de parler de choses et d'autres elle m'a fait remarqer qu'il suffisait de garder ses médicaments sans les avaler pendant quelques mois, puis de les prendre d'un coup, c'était facile.
Et je lui ai dit au revoir.

Dans l'après-midi une quadra me demande son petit somnifère sans lequel elle ne dort pas.
" Madame, vous ne vous souvenez pas que nous avons déjà eu cette conversation il y a quatre ans et que je vous ai dit non?
- Non, je ne me souviens pas. Mais mon homéopathe me le prescrit bien lui.
- Vous savez que cette classe de médicaments peut provoquer une dépendance et des pertes de mémoire? J'avais d'ailleurs insisté dessus il y a quatre ans.
- Non, docteur, je ne me souviens pas.
- Et savez-vous que des gens se servent de ces produits pour se suicider? Ils thésaurisent pendant quelques temps puis les avalent tout d'un coup... Zut, ma patiente de ce matin, c'est ce qu'elle doit faire!"

Je sens que je vais surveiller la patiente n°1 comme du lait sur le feu, peut-être la faire revenir chaque semaine. C'est si simple le geste d'avaler des cachets par rapport à d'autres tentatives de suicide.

mercredi 8 septembre 2010

pub grand public

Ce qui risque rapidement de nous tomber sur le coin du paletot, c'est la publicité pour des médicaments vendus sur ordonnance, auprès du grand public, comme au USA, ou autrefois quand le genre de pub ci-dessus fleurissait (pub pour les vertus du radium, qui est cancérigène!). Sous couvert "d'information au public", les médias pourront nous vanter les vertus du prozac et d'autres traitements comme le champix ( pour arrêter de fumer) qui n'apporte rien de nouveau selon le magazine Prescrire. Les labos vont se faire des machins en or et les médecins seront complètement dépassés, ne pouvant plus totalement prescrire en leur âme et conscience mais sous la pression de leur patients: " docteur  j'ai vu que Machin peut me faire du bien, j'en voudrais". Je ne dis pas que les médecins sont faibles et se faire avoir tout de suite, mais quand c'est tout au long de la journée que l'on dit "non" parce qu'on pense que le traitement n'apportera rien au patient en face de nous, on finit par avoir l'impression de se battre contre des moulins à vent, et là, où le médecin finit par plier, ou il change de travail car il n'a pas fait médecine pour se faire dicter ses prescriptions.
L'heure est grave, et j'espère que la loi ne passera pas.
Lire là-dessus ce que pense le magazine Prescrire: http://www.prescrire.org/fr/3/31/46477/0/NewsDetails.aspx

lundi 6 septembre 2010

“DSM-5″ : le livre qui rend fou

Un livre peut rendre fou. A moins qu’il ne soit pas en vente libre. Disons : restreinte aux professionnels, ce qui n’empêche pas quiconque de se le procurer. Mais il est d’un abord si rébarbatif que bien peu s’y risqueraient. Tant mieux car il causerait bien des dégâts. Il porte le doux titre de DSM-5 (à paraître en français aux éditions Masson) et il est sous-titré de manière tout aussi poétique Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux.
Quand on y pénètre, on ne sent déjà pas très bien, sinon qu’irait-on y faire ? Quand on en ressort, on en est malade tant cette bible des psychiatres américains, qui tend à s’imposer et à servir de critère un peu partout dans le monde, élargit considérablement le spectre de la maladie mentale. Jugez-en plutôt par l’édition à venir (en mai 2013) telle que l’auteur, The American Pyschiatric Association, l’annonce déjà sur son site. C’est un document de travail, un work in progress nécessairement provisoire et incomplet, mais il confirme une tendance à l’oeuvre depuis des années qu’il s’agisse, outre les cas les plus graves (schizophrénie, autisme…) des troubles liés à l’enfance (des adolescents qui se mettent en colère au moins trois fois par semaine s’y retrouvent), de comportements consécutifs à des addictions au jeu, à l’internet (à ce compte-là, que de malades sur la “République des livres” !), aux drogues dures et douces, à l’alcool, au café, au tabac et autres substances (avec en prime un intéressant débat sémantique sur le passage de le dependance à l’addiction) ; les troubles sexuels, qu’il s’agisse du frotteurisme, de l’éjaculation précoce… ; à la boulimie et sa cousine l’anorexie etc

Passionnant et épuisant. D’autant qu’à ce stade, le site est un forum de discussion, avec différents niveaux d’évaluation, pour une nouvelle version en développement. Mais comme le relève justement Anna Lietti dans le dossier très complet qu’elle a consacré à la question dans Le Temps de Genève, on observe des chassés-croisés d’une édition à l’autre qui doivent davantage à l’air du temps et au lobbying qu’à des considérations scientifiques. Ainsi les homosexuels (mais oui, ils y étaient !) ont réussi à en sortir, les asexuels devraient également y parvenir bientôt, au moment où les hypersexuels s’y installent. On n’est plus dans la nomenclature mais dans une dérive du diagnostic, avec l’établissement de critères qui standardisent les symptômes et nivellent la singularité du sujet. C’est notamment le cas pour le dépistage de troubles psychotiques chez des enfants qui “pourraient” les développer à l’âge adulte. 60 pathologies en 1952, près de 300 quarante ans plus tard, et davantage encore dans la prochaine édition.
Qui a intérêt à médicaliser ainsi les émotions sinon les laboratoires pharmaceutiques dont on sait qu’ils peuvent aussi inventer des nouvelles maladies pour coller à de nouveaux médicaments dans une démarche qui relève davantage du marketing que de la médecine ? Deux livres s’en sont faits l’écho Aimez-vous le DSM ? de Stuart Kirk et Herb Kutchins (Les empêcheurs de penser en rond, 1998) et plus récemment Comment la psychiatrie et l’industrie pharmaceutique ont médicalisé nos émotions de Christopher Lane (Flammarion, 2009). Mais il manque toujours une section au DSM-5 : celle où l’on expliquerait la pathologie de ceux qui dévorent compulsivement un livre tel que le DSM. Car si avant, les néophytes se plongeaient dans le Vidal pour s’y trouver, désormais c’est plutôt de ce côté-là que l’époque les pousse à se perdre et à augmenter leur angoisse de vivre. On imagine les dégâts sur un dépressif. A ceux-là, il faut d’urgence prescrire la lecture des Oeuvres complètes de Samuel Beckett, ne fût-ce que pour y retrouver la page où il est écrit :”On naît tous fous, quelques uns le demeurent”.
http://passouline.blog.lemonde.fr/2010/02/25/dsm-5-le-livre-qui-rend-fou/#xtor=RSS-32280322

Je me pencherai sur ce livre, mais je ne le conseille à aucun de mes lecteur! Chacun pourra j'en suis sûre se retrouver dedans et le corollaire obligé sera la prise d'un petit médicament pour contrer ce vilain travers, n'est-ce pas mesdames les hypersexuels et les messieurs toujours en pétard!




dimanche 5 septembre 2010

Indemnités journalières

Alerte du Cnom sur les risques de la suppression des indemnités journalières après seul contrôle patronal des arrêts de travail
03/09/2010

Le Conseil national de l’Ordre des médecins rappelle ses réserves suite à la parution du décret d’application de la loi de financement de la sécurité sociale le 26 août 2010.

Désormais le service médical de l’assurance maladie peut demander la suspension du versement des indemnités journalières de l’assurance maladie sur la seule base d’un contrôle effectué par un médecin mandaté par l’employeur. L’examen de l’assuré par le médecin-conseil ne serait plus obligatoire, il se bornerait alors à valider l’avis du médecin contrôleur patronal… Le salarié examiné par le seul médecin contrôleur mandaté par l’employeur mais qui ne dispose d’aucun dossier médical perdrait les indemnités journalières complémentaires mais aussi les indemnités journalières de l’assurance maladie sans que le médecin-conseil l’ait nécessairement examiné lui-même.

Les praticiens conseils sauront veiller au respect de l’article 69 du code de déontologie médicale applicable à toutes les formes d’exercice : L'exercice de la médecine est personnel ; chaque médecin est responsable de ses décisions et de ses actes.

Le CNOM lors des concertations liminaires n’a obtenu qu’une seule concession : la nécessité d’un nouvel examen de la situation de l’assuré lorsque le médecin contrôleur patronal a été dans l’impossibilité de procéder à l’examen de l’assuré (absence du domicile par exemple). Dans les autres cas l’assuré devra saisir dans les 10 jours le service médical qui disposera de 4 jours pour rendre sa décision (décret 2010-957 du 24 aout 2010).

En cas de nouvelle prescription d’arrêt de travail à la suite d’une décision de suspension des indemnités journalières, celle-ci ne prend effet qu’après l’avis du service médical. Le Cnom désapprouve cette disposition singulière, susceptible de porter atteinte à la santé du salarié malade qui devra poursuivre son activité dans l’attente de l’avis du médecin- conseil.

Le Cnom tient à souligner que cette disposition prévue jette une suspicion inacceptable sur la justification médicale de l’arrêt de travail qui est présumé avoir été prescrit par simple complaisance.
( voir texte sur le site du conseil national de l'ordre des médecins)
 
Travailleurs, serrez les fesses! Parce que parfois les médecins vérificateurs ce n'est pas ça et cela peut infirmer la parole du médecin prescripteur. Le double contrôle employeur-médecin de la Sécu était rassurant.

vendredi 3 septembre 2010

Un bébé n'est pas une pièce de rechange

La communication est un art difficile: une de mes patientes est tombée enceinte et comme ce n'était pas prévu, son premier réflexe a été de consulter une gynécologue pour faire le point,  prendre une décision éventuelle et connaitre les modalités de l'IVG si on la pratiquait. La gynéco a répondu en ces termes: " vous venez le matin, vous prenez un comprimé, vous rentrez chez vous, vous pourrez retravailler le lendemain, cela fera comme des règles un peu plus abondantes". Pas d'interrogation sur les motivations du couple, pas de demande de questions éventuelles. On aurait parlé d'une réparation de voiture, cela aurait été le même genre de discours.

 Alors quand le couple est sorti, le mari a suggéré à son épouse "on peut le garder si tu veux", un revirement de 180°. Un bébé n'est pas une pièce de rechange et ils l'ont bien compris comme ça.

D'un autre côté je peux comprendre la gynéco qui a pensé que la patiente consulterait une psychologue juste avant l'IVG et donc cela la déchargeait du facteur humain de l'affaire.

mercredi 1 septembre 2010

Coupeurs de feu

Les « coupeurs de feu », qui sont-ils?

Ils sont plus de 6000 en France ! Les coupeurs de feu sont répartis dans toute la France (surtout dans les campagnes) et dans beaucoup d'autres pays (notamment la Suisse et la Belgique où ils sont réputés).

Que font-ils ?
Les coupeurs de feu appelés aussi barreurs de feu ou faiseurs de rêve ont pour don de stopper la douleur et les « dommages » causés lors d'une brûlure !
Initié par un proche ou un ancêtre le « coupeur de feu » possède ce don jusqu'à ce qu'il se sente trop faible pour l'exercer. Dans ce cas il lui faudra alors à son tour choisir un successeur en lui livrant « le secret » !
Plusieurs millions de français ont recours à ces méthodes, nous avons donc pu rassembler quelques témoignages pour savoir comment une « séance » se passe en général:

- La brûlure doit être récente, plus le « soin » est immédiat mieux c'est car le coupeur de feu stoppe la brûlure il ne la guérit pas !!C'est à dire qu'il ne pourra pas faire disparaître une cloque il peut par contre stopper le feu et donc empêcher la venue de celle-ci.

-Le barreur de feu positionne ses mains au dessus de la brûlure et « marmonne » quelque chose : le secret. L'imposition des mains ne dure guère plus de quelques minutes. Il n'y a pas de contact entre la brûlure et les mains.
Il y a aussi des coupeurs de feu qui exercent leur don par téléphone ! Il suffit de dire son nom et l'endroit de la brûlure...
Et nombreux disent que la douleur disparaît instantanément après ceci ou au bout de quelques minutes !! De la magie, un miracle ? Les barreurs de feu ne savent pas plus que leurs patients comment cela fonctionne.

Cet article est intéressant, mais il fait passer l'acte de couper le feu pour du vaudou!!! Que l'on y croit ou pas, on peut toujours tenter, certains le font gratuitement. Une patiente m'a raconté que son grand-père retirait tous les bobos de sa famille, rien qu'en approchant ses mains, genre brûlure, piqûre d'insecte. Et un journaliste m'a confié que quand sa fille avait la migraine, il mettait les mains sur sa tête et le mal de tête disparaissait. Mais quant à marmonner quelque chose, faut pas pousser.

Pour les récalcitrants, ce que je peux tout à fait comprendre car on vit dans un univers pragmatique et cartésien, il suffit de se souvenir que le corps marche à l'électricité, le coeur a des influx électriques, et il y a des tas de choses que l'on ignore encore en médecine. Sinon on serait aussi faciles à réparer qu'une Renault.