Une jeune femme:
" Docteur, j'essaie d'avoir un enfant depuis un an et demi, impossible".
Là je pose la question de base:
" Avez-vous beaucoup de rapports?
- Trois, quatre dans le mois.
- ( je pousse un grand soupir, puis fais un sourire ), je pense que tout les deux jours serait un minimum, surtout pour des jeunes gens comme vous.
- mon mari rentre tard, je pars tôt et l'on n'a pas le temps.
- Et comment aurez-vous le temps de vous occuper de bébé?
- Je refuse de faire l'amour plus fréquemment pour avoir un bébé, cela tue tout désir!
- OK. Mais ne savez-vous pas par exemple qu'autrefois dans la religion catholique le plaisir n'était pas recherché et que l'on n'avait des rapports que pour avoir des bébés? Alors, allez au charbon le plus souvent possible madame! On ne va quand même pas faire de la procréation assistée pour un problème pareil."
Elle est repartie en riant tout ce qu'elle savait. Mais c'est le mari qui va être sur les rotules; ce n'est pas grave, je lui prescrirai du ginseng et du kola aux multiples vertus. Il faut bien aller au travail!
mardi 23 novembre 2010
dimanche 21 novembre 2010
La Sécu cafte
Je viens de recevoir une lettre fort courtoise de la Sécu;
"Chère consoeur, la campagne pour la vaccination antigrippale est en cours. Comme je vous l'avais annoncé, pour vous accompagner et vous aider dans cette action de prévention, l'Assurance maladie vous adresse aujourd'hèui la liste actualisée de vos patients de 65 à 69 ans qui ne se sont pas encore fait vacciner à ce jour dont nous disposons".
Et suit une liste de tous les méchants qui ont osé affronter le grand méchant virus de la grippe afin que je leur téléphone éventuellement et que je les remette dans le droit chemin. Une de mes amies non médecin a eu cette réflexion " Mais ils n'en on pas marre de gaspiller leur argent ( le notre) à faire des papiers comme ça? Qu'est-ce que ça leur apporte".
En tout cas je me vois mal télephoner à chacun d'eux, un peu comme à des gosses désobéissants: "monsieur, ce n'est pas bien, je vous attends dans mon cabinet demain à 9 heures pour qu'enfin vous retourniez dans le droit chemin".
PS: nous n'avons plus notre mot à dire concernant la vaccination de la grippe, tout se passe entre la pharmacie et l'infirmière, ce qui rend ce courrier un peu gonflé en dehors de toutes ses autres qualités.
PS: nous n'avons plus notre mot à dire concernant la vaccination de la grippe, tout se passe entre la pharmacie et l'infirmière, ce qui rend ce courrier un peu gonflé en dehors de toutes ses autres qualités.
samedi 20 novembre 2010
Au complot!
Le fondateur du laboratoire parle d’une "fabrication" pour "embêter le gouvernement".
Silencieux depuis que l’affaire du Mediator a éclaté, mardi, Jacques Servier présente enfin sa défense. Le fondateur du laboratoire pharmaceutique du même nom, dont le médicament pour le diabète aurait causé la mort de près de 500 personnes en 30 ans, dénonce dans Le Monde daté de dimanche-lundi un complot et nie toute négligence de sa société.
"Nous sommes sidérés, stupéfaits! C'est à se demander si cette affaire est une fabrication", jure Jacques Servier dans le quotidien du soir. Prié de dire quel pourrait être le but de cette manœuvre, il répond: "Je ne sais pas. Il y a peut-être l'idée d'embêter le gouvernement", lâche l’industriel, réputé proche de l’UMP.
Le groupe Servier, fondé en 1948, conteste par ailleurs le chiffre de 500 morts entre 1976 et 2009, date du retrait du Mediator de la vente. "Les études qui ont posé le lien sont très récentes. Jusqu'à 2008, aucun cas de décès par valvulopathie avec le Mediator n'était signalé", assure Jacques Servier. Et si le médicament a été retiré, c’est, dit-il, non pour des raisons commerciales et non à cause des doutes sur son efficacité et ses effets secondaires.
Consultation recommandée
Cela dit, Jacques Servier est tout de même sur la même ligne que Xavier Bertrand, nouveau ministre de la Santé, puisqu’il conseille aux personnes ayant pris du Mediator de consulter leur médecin. Le médicament, destiné à la base à soigner le diabète, était souvent prescrit pour les personnes en surcharge pondérale, pour ses propriétés de coupe-faim.
L'Afssaps estime qu'environ cinq millions de patients ont été traités au Mediator en France de 1976 à 2009, dont 2,9 millions pendant plus de trois mois. A long terme, le médicament est accusé d’entraîner des dysfonctionnements de la valve du cœur, ce qui aurait pour conséquence de fatiguer le muscle cardiaque plus que de raison et, dans les pires des cas, d’entraîner son arrêt.
http://www.europe1.fr/Sante/Mediator-Servier-evoque-un-complot-314223/
Comme l'on est en France il faut savoir donner la parole à tout le monde, c'est fait.
J'ai demandé hier à une patiente quadragénaire très rondelette:
" Avez-vous pris médiator?
- Oui docteur, il y a plus de cinq ans.
- Et avez-vous des problèmes cardiaques?
- Oui, j'ai des problèmes de fissure de valvule aortique depuis cinq ans".
Peut-être rien à voir, peut-être que si...
Silencieux depuis que l’affaire du Mediator a éclaté, mardi, Jacques Servier présente enfin sa défense. Le fondateur du laboratoire pharmaceutique du même nom, dont le médicament pour le diabète aurait causé la mort de près de 500 personnes en 30 ans, dénonce dans Le Monde daté de dimanche-lundi un complot et nie toute négligence de sa société.
"Nous sommes sidérés, stupéfaits! C'est à se demander si cette affaire est une fabrication", jure Jacques Servier dans le quotidien du soir. Prié de dire quel pourrait être le but de cette manœuvre, il répond: "Je ne sais pas. Il y a peut-être l'idée d'embêter le gouvernement", lâche l’industriel, réputé proche de l’UMP.
Le groupe Servier, fondé en 1948, conteste par ailleurs le chiffre de 500 morts entre 1976 et 2009, date du retrait du Mediator de la vente. "Les études qui ont posé le lien sont très récentes. Jusqu'à 2008, aucun cas de décès par valvulopathie avec le Mediator n'était signalé", assure Jacques Servier. Et si le médicament a été retiré, c’est, dit-il, non pour des raisons commerciales et non à cause des doutes sur son efficacité et ses effets secondaires.
Consultation recommandée
Cela dit, Jacques Servier est tout de même sur la même ligne que Xavier Bertrand, nouveau ministre de la Santé, puisqu’il conseille aux personnes ayant pris du Mediator de consulter leur médecin. Le médicament, destiné à la base à soigner le diabète, était souvent prescrit pour les personnes en surcharge pondérale, pour ses propriétés de coupe-faim.
L'Afssaps estime qu'environ cinq millions de patients ont été traités au Mediator en France de 1976 à 2009, dont 2,9 millions pendant plus de trois mois. A long terme, le médicament est accusé d’entraîner des dysfonctionnements de la valve du cœur, ce qui aurait pour conséquence de fatiguer le muscle cardiaque plus que de raison et, dans les pires des cas, d’entraîner son arrêt.
http://www.europe1.fr/Sante/Mediator-Servier-evoque-un-complot-314223/
Comme l'on est en France il faut savoir donner la parole à tout le monde, c'est fait.
J'ai demandé hier à une patiente quadragénaire très rondelette:
" Avez-vous pris médiator?
- Oui docteur, il y a plus de cinq ans.
- Et avez-vous des problèmes cardiaques?
- Oui, j'ai des problèmes de fissure de valvule aortique depuis cinq ans".
Peut-être rien à voir, peut-être que si...
vendredi 19 novembre 2010
Ras-le-bol
Hier j'appelle un chirurgien pour avoir des explications sur le diagnostic qu'il a fait à un patient:
" Bonjour monsieur, je suis le docteur Vincent. Pourriez-vous me dire ce que vous pensez du cas de monsieur Grosbras?
- Oui, comme je vous l'ai écrit, il souffre d'une mauvaise entorse à la cheville. Il lui faut des antalgiques et du repos".
Et tout à coup il est parti en vrille:
" Tout fout le camps, un jour il n'y aura plus de Sécu. D'ailleurs je suis harcelé: figurez-vous que je ne dois pas prescrire plus d'un certain nombre de compresses pour des plaies! Et que je ne dois plus écrire " passage d'une infirmière pour refection de pansement tous les jours jusqu'à guérison" mais " passage pour un nombre précis de jours"? D'ailleurs je suis président d'un syndicat et je vous dis que la situation est grave.
- Je vous comprends très bien monsieur, j'ai moi-même écrit un livre pour manifester mon ras-le-bol de certaines choses".
Je ne perds pas le nord :)
Mais si tous les médecins qui veulent faire vraiment de la médecine pour aider les gens sont aussi saturés, la situation est grave.
Peut-être que notre système de santé n'est-il pas le meilleur du monde puisqu'il permet autant de dérives.
" Bonjour monsieur, je suis le docteur Vincent. Pourriez-vous me dire ce que vous pensez du cas de monsieur Grosbras?
- Oui, comme je vous l'ai écrit, il souffre d'une mauvaise entorse à la cheville. Il lui faut des antalgiques et du repos".
Et tout à coup il est parti en vrille:
" Tout fout le camps, un jour il n'y aura plus de Sécu. D'ailleurs je suis harcelé: figurez-vous que je ne dois pas prescrire plus d'un certain nombre de compresses pour des plaies! Et que je ne dois plus écrire " passage d'une infirmière pour refection de pansement tous les jours jusqu'à guérison" mais " passage pour un nombre précis de jours"? D'ailleurs je suis président d'un syndicat et je vous dis que la situation est grave.
- Je vous comprends très bien monsieur, j'ai moi-même écrit un livre pour manifester mon ras-le-bol de certaines choses".
Je ne perds pas le nord :)
Mais si tous les médecins qui veulent faire vraiment de la médecine pour aider les gens sont aussi saturés, la situation est grave.
Peut-être que notre système de santé n'est-il pas le meilleur du monde puisqu'il permet autant de dérives.
jeudi 18 novembre 2010
Vent de panique
Une patiente affolée m'appelle à 10 heures : "docteur, j'ai pris du médiator pendant longtemps, je risque quelque chose?"
Et j'ai fouillé dans son dossier: effectivement elle en avait pris de 2000 prescrit par ma remplaçante. En effet, la patiente ne supportant pas ses traitement antidiabétiques il fallait lui trouver une solution et à l'époque le médiator était présenté comme antidiabétique. Je lui ai arrêté en 2006 grâce au labo! Le type m'avait assuré " non, sécurité d'emploi, efficace, pas une amphétamine, jamais entendu parler de ça" et tous ces bénéfices sans effet secondaire m'avaient mis la puce à l'oreille. Ca sert les cours de pharmaco en médecine! Tout était logé dans un coin de ma mémoire c'est ressorti d'un coup!
Après l'arrêt j'ai dû prescrire des tranquillisants légers à la patiente pendant quelques mois, comme pour l'autre d'un autre post.
Mais aurais-je dû être plus royaliste que le roi et les arrêter tout net dés que je suis entrée dans le cabinet en 2000? On se dit toujours à postériori qu'on aurait pu mieux faire.
la prochaine molécule à abattre pour moi est le dogmatil, mais ça continue à se prescrire, sans considération des effets secondaires.
Et j'ai fouillé dans son dossier: effectivement elle en avait pris de 2000 prescrit par ma remplaçante. En effet, la patiente ne supportant pas ses traitement antidiabétiques il fallait lui trouver une solution et à l'époque le médiator était présenté comme antidiabétique. Je lui ai arrêté en 2006 grâce au labo! Le type m'avait assuré " non, sécurité d'emploi, efficace, pas une amphétamine, jamais entendu parler de ça" et tous ces bénéfices sans effet secondaire m'avaient mis la puce à l'oreille. Ca sert les cours de pharmaco en médecine! Tout était logé dans un coin de ma mémoire c'est ressorti d'un coup!
Après l'arrêt j'ai dû prescrire des tranquillisants légers à la patiente pendant quelques mois, comme pour l'autre d'un autre post.
Mais aurais-je dû être plus royaliste que le roi et les arrêter tout net dés que je suis entrée dans le cabinet en 2000? On se dit toujours à postériori qu'on aurait pu mieux faire.
la prochaine molécule à abattre pour moi est le dogmatil, mais ça continue à se prescrire, sans considération des effets secondaires.
mercredi 17 novembre 2010
Médicaments et risque automobile
Une équipe française est enfin parvenue à quantifier avec précision la part des accidents de la route imputables à la consommation de médicaments. Ces derniers en fait, seraient à l’origine de 3% des accidents corporels enregistrés chaque année !
AFSSaPS, Assurance-maladie, INREST et INSERM, ont uni leurs moyens pour mener l’étude la plus importante jamais réalisée sur ce sujet. Plus de 70 000 conducteurs impliqués dans un accident corporel sur une période de 3 ans - entre 2005 et 2008 - ont été inclus dans ce travail.
Les résultats montrent que « la prise de médicaments comportant un pictogramme de niveau 2 ou de niveau 3 est associée à une augmentation significative du risque d’accident responsable ». Pour rappel, le pictogramme de niveau 2 représente un triangle orange recommandant de « ne pas conduire sans l’avis d’un professionnel de santé ». Le niveau 3 correspond à un triangle rouge avec la mention « Pour la reprise de la conduite, demandez l’avis d’un médecin ».
Regardez les boîtes !
Les auteurs ont également noté que le risque d’accident « responsable » augmentait avec la quantité de médicaments consommés. « Le risque principal provient des médicaments de niveau 2 et 3 », expliquent-ils. Il s’agit essentiellement d’anxiolytiques, d’hypnotiques, d’antiépileptiques et d’antidépresseurs.
Ils rappellent enfin, qu’il « est indispensable que les patients respectent les messages de bon usage qui accompagnent les pictogrammes ».
Pour aller plus loin : téléchargez le guide édité par l’Agence française de Sécurité sanitaire des Produits de Santé (AFSSaPS) : Médicaments et conduite automobile. http://www.destinationsante.com/Medicaments-et-conduite-le-risque-est-prouve.html
Et voilà, c'est dit! Je voulais faire ma thèse concernant ce sujet, mais à l'époque (1996) je n'avais pas trouvé beaucoup de chiffres.
AFSSaPS, Assurance-maladie, INREST et INSERM, ont uni leurs moyens pour mener l’étude la plus importante jamais réalisée sur ce sujet. Plus de 70 000 conducteurs impliqués dans un accident corporel sur une période de 3 ans - entre 2005 et 2008 - ont été inclus dans ce travail.
Les résultats montrent que « la prise de médicaments comportant un pictogramme de niveau 2 ou de niveau 3 est associée à une augmentation significative du risque d’accident responsable ». Pour rappel, le pictogramme de niveau 2 représente un triangle orange recommandant de « ne pas conduire sans l’avis d’un professionnel de santé ». Le niveau 3 correspond à un triangle rouge avec la mention « Pour la reprise de la conduite, demandez l’avis d’un médecin ».
Regardez les boîtes !
Les auteurs ont également noté que le risque d’accident « responsable » augmentait avec la quantité de médicaments consommés. « Le risque principal provient des médicaments de niveau 2 et 3 », expliquent-ils. Il s’agit essentiellement d’anxiolytiques, d’hypnotiques, d’antiépileptiques et d’antidépresseurs.
Ils rappellent enfin, qu’il « est indispensable que les patients respectent les messages de bon usage qui accompagnent les pictogrammes ».
Pour aller plus loin : téléchargez le guide édité par l’Agence française de Sécurité sanitaire des Produits de Santé (AFSSaPS) : Médicaments et conduite automobile. http://www.destinationsante.com/Medicaments-et-conduite-le-risque-est-prouve.html
Et voilà, c'est dit! Je voulais faire ma thèse concernant ce sujet, mais à l'époque (1996) je n'avais pas trouvé beaucoup de chiffres.
Prescrire avait vu juste
Devant l'afflux de recherches concernant le médiator, je remets un texte de mon ancien blog:
Vu dans Prescrire de janvier 2008:
Benfluorex (Mediator°) : pour quand le retrait du marché ?
Malgré une balance bénéfices-risques nettement défavorable, et bien qu’il soit retiré du marché de plusieurs pays européens le benfluorex est maintenu sur le marché français.
Dans son numéro de janvier, la revue Prescrire s’indigne de la décision française de maintenir sur le marché le Mediator°, dont la balance bénéfices-risques est nettement défavorable.
Commercialisé depuis plus de 30 ans dans diverses indications sans efficacité probante, le benfluorex est un amphétaminique dont il partage tous les effets indésirables graves, tels que des hypertensions artérielles pulmonaires, des valvulopathies, et des troubles neuropsychiatriques.
En Espagne, l’autorisation de mise sur le marché du benfluorex a été retirée en 2003. En Italie, la firme n’a pas demandé son renouvellement. En 2007, la balance bénéfices-risques du benfluorex a été réexaminée par l’Agence française du médicament, qui a finalement seulement modifié les informations officielles relatives au médicament, notamment par la mention d’effets indésirables neuropsychiatriques, et une limitation des indications.Combien de victimes d’effets indésirables faudra-t-il avant que le retrait du marché du benfluorex soit décidé en France ?
Vu dans Prescrire de janvier 2008:
Benfluorex (Mediator°) : pour quand le retrait du marché ?
Malgré une balance bénéfices-risques nettement défavorable, et bien qu’il soit retiré du marché de plusieurs pays européens le benfluorex est maintenu sur le marché français.
Dans son numéro de janvier, la revue Prescrire s’indigne de la décision française de maintenir sur le marché le Mediator°, dont la balance bénéfices-risques est nettement défavorable.
Commercialisé depuis plus de 30 ans dans diverses indications sans efficacité probante, le benfluorex est un amphétaminique dont il partage tous les effets indésirables graves, tels que des hypertensions artérielles pulmonaires, des valvulopathies, et des troubles neuropsychiatriques.
En Espagne, l’autorisation de mise sur le marché du benfluorex a été retirée en 2003. En Italie, la firme n’a pas demandé son renouvellement. En 2007, la balance bénéfices-risques du benfluorex a été réexaminée par l’Agence française du médicament, qui a finalement seulement modifié les informations officielles relatives au médicament, notamment par la mention d’effets indésirables neuropsychiatriques, et une limitation des indications.Combien de victimes d’effets indésirables faudra-t-il avant que le retrait du marché du benfluorex soit décidé en France ?
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