mardi 8 octobre 2013

Annoncer un cancer

Je suis allée chez un patient en visite il y a quelques temps: j'avais détecté une  masse volumineuse au niveau de la rate ( ou rein?). Il m'a rappelé une fois le scanner fait, dans un fichu état: au fond de son lit et dans un état d’amaigrissement conséquent: " Docteur, voilà le scanner.
- OK, voyons cela. Et bien, il va falloir prendre ça en charge rapidement, c'est un cancer du rein.
- Je m'en doutais...
- Vous voulez vous battre?
- ... Oui"

Je le revois en consultation hier: "Je reviens de l'hôpital, on m'a fait tous les examens, et je vais peut-être être opéré.  Mais je ne supportais plus d'être hospitalisé: à chaque fois qu'un interne ou un médecin entrait dans ma chambre il me demandait avec un air horriblement compatissant "Qu'est-ce qu'on vous a dit exactement?" J'ai bondi, et ai répondu " Bon sang, vous n'avez même pas le courage de me dire que j'ai un cancer! Il n'y a que mon médecin traitant qui a osé le faire!"

Je sais que la question se pose depuis des lustre, annoncer la mauvaise nouvelle ou pas selon la psychologie du patient, mais il m'a semblé tout naturel de lui dire à lui sans fioritures. Et pour ce patient ça a marché, il pète la forme, si je peux dire, car effectivement il y a quelques petites métastase et ce n'est pas du gâteau. Mais il va se battre. 


lundi 7 octobre 2013

Un certain pourcentage d'erreurs?

Un patient m'a raconté qu'un de mes confrères avait fait une erreur de diagnostic sur son épouse il y a quelques années. Ils ont changé de médecin mais n'ont pas porté plainte. Or ce confrère, était un jour allé en visite chez leurs voisins, et pris de remords je pense, avait sonné à leur porte pour s'excuser: " Je suis désolé d'avoir loupé le diagnostic de votre épouse. Excusez-moi. Mais voyez-vous, on a droit à un certain pourcentage d'erreurs..." 
Je pense que la dernière phrase était de trop. Mais mes patients n'ont toujours pas porté plainte; je suis heureuse de les soigner.

vendredi 4 octobre 2013

Priligy anti-précipitation

Une visiteuse médicale m'a prise par surprise: elle avait rendez-vous avant  avec mon associée qui lui a soutenu que je serais très heureuse de sa présentation de Priligy ( antidépresseur d'action rapide pour la relever et prendre le temps de viser sans précipitation. N'ai-je pas bien résumé?)  Coquine mon associée. 

C'est sûr qu'ils sont sympa tous ces visiteurs, et de plus elle m'a décortiqué les effets secondaires possibles (très peu avec cette galénique, sauf quelques nausées)  mais elle a passé sous silence l'appréciation du magazine Prescrire.

L'efficacité limitée de la dapoxétine dans l'éjaculation précoce n'est pas suffisante pour justifier ses effets indésirables.


La dapoxétine est le premier médicament autorisé en France pour certains hommes qui se plaignent d'une insatisfaction sexuelle en raison d'un délai d'éjaculation ressenti comme trop court. La dapoxétine est un inhibiteur de la recapture de la sérotonine (IRS), comme les antidépresseurs de type fluoxétine (Prozac°).
Dans l'éjaculation précoce, la balance bénéfices-risques de la dapoxétine est défavorable. La prise de dapoxétine par le partenaire masculin avant l'acte sexuel apporte peu de progrès notable. Dans les essais cliniques, environ 1 homme sur 3 et 1  femme sur 5 ont ressenti une amélioration ne serait-ce que légère, au-delà de l'effet placebo.
Par contre la dapoxétine expose aux effets indésirables des IRS, dont des troubles digestifs et neuropsychiques, des syndromes sérotoninergiques (agitations, sudation, etc.) parfois graves, etc. S'y ajoutent des syncopes et des hypotensions orthostatiques. Certains effets indésirables sont mal cernés, notamment des troubles sexuels, des troubles de l'humeur, un risque de blessures accidentelles (auto- ou hétéro-agressivité).
La dapoxétine expose à de nombreuses interactions médicamenteuses. Le risque d'hypotension orthostatique est majoré en cas d'association avec des vasodilatateurs. En raison du risque de syndrome sérotoninergique, l'association de la dapoxétine est à éviter avec des antidépresseurs, IRS ou inhibiteurs de la monoamine oxydase (IMAO), ou avec d'autres substances à effets sérotoninergiques. L'alcool augmente le risque de syncope.
Les autorités de santé de l'Union européenne auraient mieux fait de refuser l'autorisation de mise sur le marché (AMM) pour la dapoxétine dans l'éjaculation prématurée, comme cela a été le cas de la Food and Drug Administration (FDA) étatsunienne. En cas d'éjaculation prématurée, mieux vaut proposer une prise en charge psychocomportementale, éventuellement en couple.
©Prescrire 1er mai 2013

Et elle m'a refilé tous les tuyaux pour traquer l'éjaculation précoce: " Docteur, à l'occasion d'un renouvellement d'un patient chronique, vous lui demandez l'air de rien si tout va bien de ce côté: en effet les médicaments pour le cœur  ce n'est pas formidable parfois pour l'érection. Il ne vous répondra sûrement rien. Par contre à la prochaine consultation il pourra vous en parler de lui-même " au fait, j'ai réfléchi....". et c'est gagné".

Le prix, environ 5  euros je crois le comprimé pour un effet de  quelques heures, non remboursé. 
Par contre, durant toute la présentation, pas un mot de psychologie masculine ou féminine!!! On serait des rats ou des chiens  cela serait la même présentation. 
La gentille visiteuse va-t-elle me revoir si elle lit mon blog? Elle était prévenue que je suis très critique avec les nouveautés, surtout dans ce domaine. Mais je peux assurer à sa hiérarchie qu'elle a fait son travail à merveille avec une petite invitation en prime dans un restaurant gastronomique, miam. 
Les pâtes avec mon MiniRambo c'est très bon aussi.

mercredi 2 octobre 2013

Proposition pour la Sécu

Une nouvelle patiente " Je viens d'arriver à Stroumpfville, et me suis renseignée sur un médecin possible. On m'a répondu: " Il y a un très bon médecin que je te conseille qui est très compétent, le docteur Cravate, il y a aussi le docteur Vincent, par contre elle prescrit moins".  Alors j'ai eu envie de vous connaître". 

Est-on moins bon médecin parce qu'on prescrit moins? Qu'est-ce que ces âneries? Pitié, si quelqu'un de la Sécu lit ce blog, ce n'est pas la première fois que j'entends ces absurdités. Et je propose une grande campagne de pub de l'assurance maladie: 
" Vous n'êtes pas mieux soignés car vous prenez plus de médicaments, mais les médicaments spécialement  indiqués pour votre pathologie. Et plus de trois médicaments= attention, il peut y avoir des interactions fâcheuses, parlez-en à votre médecin". 






mardi 1 octobre 2013

La Légende de Shalimar - GUERLAIN


Si mon fils pouvait avoir des cheveux aussi long que ceux du jeune Willy Cartier, je serais une maman heureuse :)

Tiers payant, mon grain de sel

Je lis dans le Quotidien du Médecin et autres canards que le fait de pratiquer le tiers payant risque de dévaloriser l'acte médical. Çà peut se comprendre.

Néanmoins 
-si l'on éduque les patients à ne pas venir pour n'importe quoi,
- si les pouvoirs publics créaient des slogans comme " sauvons notre système de santé, n'allez pas chez le médecin pour rien ( et ne regardez pas les émissions de vulgarisation médicale qui peuvent vous rendre anxieux quant à votre santé);
- si l'on touche chaque patient avec examen clinique le plus complet possible selon la pathologie (je mets un bémol pour la prostate, j'envoie direct chez l'urologue, par contre j’examine quand j'ai le temps consciencieusement un patient qui vient pour un petit bouton à la noix, si je pouvais faire la prostate aussi pendant qu'on y est, il se demandera ce qu'il est venu faire pour subir un tel examen);
- si on signe les formulaires de médecin traitant en spécifiant: "à condition que vous ne soyez pas trop malade, je n'ai pas le temps";
- si les infirmières voient élargir leurs prescriptions ainsi que les kinés si bien que l'acte médical reprend toute sa valeur;
- si les médecins apprennent à dire NON et reçoivent des formations pour cela genre " gestion du stress, savoir que nous avons la connaissance et ne pas faillir"; 

je pense que les médecins seraient heureux d'aller au travail et l'idée de recevoir de l'argent physiquement n'aurait plus autant de valeur. 
Ca me fait penser à ma psychanalyste il y a 32 ans ( déjà) qui me disait " le fait de donner de l'argent est thérapeutique". Bof.

dimanche 29 septembre 2013

Ma madeleine

En Grêce j'ai fait un achat que je n'avais pas fait depuis 23 ans: un paquet de clopes, évidemment mentholée car il paraît que les nouveaux fumeurs se précipitent sur les mentholées. 

En voyant l'objet du délit dépasser de mon sac mon compagnon a eu cette remarque, " tu n'oseras jamais le dire à tes patients". Si, et en plus dans mon blog! Des mois que j'en rêvais. 
Evidemment ce n'est pas bien de fumer, ça fait une vilaine peau, des vilains cancers, des artères bouchées, des infarctus. Mais si tout les fumeurs pouvaient fumer une  après chaque repas par exemple accompagné d'un bon café, ou est le vice?  Tout le problème est de ne pas s'y habituer, à l'instar du petit whisky  qu'on peut s'envoyer le samedi soir entre copains. 

Non, je ne retomberai pas dedans, c'était juste ma Petite Madeleine, un poil de nostalgie quand il fait chaud et que le soleil est généreux et que les ruines sont magnifiques.