samedi 2 novembre 2013

Une phobie

Un de mes patients vient pour une grosse rhino, une consultation par an sa moyenne. Ce patient a fait une grave dépression il y a dix ans, traitée avec mes moyens. Il a comme séquelle une phobie de l'avion et des espaces confinés, mais il fait avec, et il a pris du galon à son travail avec un salaire conséquent, bien plus que la moyenne des français. 

Je vais par curiosité,  grâce à sa carte vitale sur le site de la Sécu pour voir l'historique des médicaments:
" Tiens, je vois que on vous a prescrit du xanax et du stilnox il y a quelques mois! Pourquoi?
- Parce que je devais partir en vacances en avion et j'avais une peur panique de le prendre.
- Vous les avez pris?
- Non, j'ai préféré annuler  mon voyage. Et puis quand votre confrère m'a prescrit les médicaments, j'ai senti qu'il n'était pas sûr de lui, qu'il avait des réticences. Alors je ne les ai pas touchés. Mais le nombre de voyages que je rate, je ne suis pas ravi.
- Je vais vous dire pourquoi: ce confrère sait que je ne les prescris pas, il n'est pas très à l'aise. Il a tout le droit de les prescrire malgré tout."

Mes patients sont devenus très vigilants!

jeudi 31 octobre 2013

Visite de la Sécu

Ce matin la dame de la Sécu est venu pour me parler de mes indicateurs, tous chiffrés: je sais combien se sont fait faire une mammographie, ce que  j'ai prescrit à des diabétiques, le nombre d'antidépresseurs que j'ai prescrits etc. et le nombre de patients sous benzodiazépines que j'ai ( stilnox, témesta, lexomil etc.)  

" Docteur, je vois que vous n'en prescrivez  pas beaucoup. Je vous donne le résultat d'un travail que nous avons effectué qui fait le lien entre benzodiazépines et démence. 
- Merci monsieur. Les médecin en prescrivent-ils moins?
- Il y a beaucoup de freins à la non-prescription. Nous avons retenu que les médecins entre autres baissaient les bras quand la personne en prenait depuis des années. Puis qu'ils n'étaient pas formés pour les techniques relaxantes non-médicamenteuses, ils sont  démunis. Et enfin qu'ils ont peur de perdre leur patientèle.
- Quoi?! Vous voulez dire que dans nos campagnes, alors qu'on manque de médecins, ils ont peur de perdre leurs patients! Ne me faites pas rire. Ou alors ceux qui le disent vraiment ne doivent pas se trouver bons.
- Et ça a été dur d'arrêter?
- Épouvantable, j'ai baissé mon chiffre d'affaire d'un cinquième, mais j'ai profité plus de ma famille, et surtout c'était une bataille journalière avec de l'angoisse pour convaincre les patients. Au derniers rebelles j'ai envoyé des lettres, deux ont arrêté, un m'a quittée, une autre est décédée ( de vieillesse).  Mais ça paie, maintenant tout le monde a compris".


 J'ai une maxime qui me satisfait et fait rire (jaune?) les patients: "si on ne les commence pas, on n'a pas à les continuer".   Mais je comprends que ce n'est pas du tout simple pour un médecin tout seul dans son coin de sevrer avec le minimum d'effets secondaires.
Et pour répondre au commentaire ci-dessous, elle demandait mon aide (!) pour savoir ce qu'elle pourrait dire aux médecins pour les inciter  à moins prescrire, du moins c'est ce que j'ai compris du discours. 

mercredi 30 octobre 2013

des ptits sous et encore et toujours

Deux « businessmen » viennent d’être condamnés par la Food and Drug Administration (FDA)américaine. Motif : la mise en vente de maillots de sport vantant les bienfaits d’un puissant médicament, l’Adderall, sans informer de ses effets indésirables pour la santé. Ce stimulant , bien connu des athlètes de haut niveau, appartient en effet à la classe des amphétamines. C’est  une substance psychotrope classée « stupéfiant » depuis 1967 en France.
« Une pilule d’Adderall pour vous sentir bien : les médecins le recommandent ». Voici – mot pour mot – le slogan d’une campagne publicitaire américaine récemment condamnée par la FDA, l’équivalent américain de l’ANSM. Aux Etats-Unis, la vente d’amphétamines sans ordonnance est prohibée depuis le pacte Controlled Substance Act datant de 1970.
Percutant… mais mensonger
Pour le compte du laboratoire Shire, producteur de l’Adderall, les deux hommes avaient vendu des maillots de sport sur lesquels ce slogan figurait en gros caractère. « Mais contrairement à ce que prévoit la loi en matière de publicité du médicament, le message ne prévenait pas des risques de dépendance physique et psychique liés à la prise de substances de la classe des amphétamines, dont fait partie l’Adderall », relate notre confrère New York Daily News.
Rappel à l’ordre
La FDA a « interpellé les deux hommes – et adressé un avertissement au laboratoire Shire – pour risque de mésusage et détournement de produits psychoactifs », précise le New York Daily News. « En 2008, un courrier d’avertissement avait déjà été adressé au laboratoire afin d’interdire la diffusion d’une vidéo qui vantait les bienfaits de l’Adderall sur internet pour les athlètes, sans prévenir de ses effets secondaires ».
Rappelons par ailleurs que l’amphétamine constitue le principe actif de la Ritaline®. Un médicament indiqué en France pour pallier les troubles déficitaires de l’attention et de l’hyperactivité (TDAH). Sur les 135 000 à 169 000 enfants concernés dans l’Hexagone, 30% y ont recours. La Ritaline® est par ailleurs produite par le laboratoire… Shire.

Fourguer la came coûte que coûte, au risque de commettre des erreurs, emporté par son enthousiasme de gagner des ptits sous.




mardi 29 octobre 2013

Ne pas se priver quand on prend du Sintrom

Je ne sais pas où les accompagnants et les pharmacies ( les infirmières peut-être?) viennent pêcher ça: ne pas manger de légumes verts quand on prend des anticoagulants genre sintrom, préviscan ou coumadine.  On arrive à des excès en tout genre: comme le pauvre gars qui fait pousser des tomates sous sa fenêtre et qui a uniquement le droit de les regarder, ou le patient qui envoie tout le régime aux orties en cachette et se sent affreusement coupable quand il croise le personnel soignant.

VOUS POUVEZ MANGER TOUT CE QUE VOUS VOULEZ!

Je vais expliquer:
Oui, le choux, les brocolis, le cresson, la salade verte, les épinards et tout ce qui est vert peut changer les valeurs "d'anticoagulation", le TP, L'INR, car ils apportent de la vitamine K qui aide à la coagulation  mais le tout est d'en manger régulièrement semaine après semaine. Si vous aimez la choucroute, il faut en manger toutes les semaines, y compris pour la salade et tout le rester.
Si vous partez en club, chez la belle-mère ou dans une famille nombreuse, la nourriture n'est pas la même et ça risque d'être le bazar. Alors il faut faire des tests sanguins régulièrement. Tout simplement.


Alors bon appétit!

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samedi 26 octobre 2013

Manque de bol

Il y a des types qui n'ont pas de chance: un patient avait dépassé le seuil fatidique de LDL (mauvais cholestérol) de 1.7g/l, peut-être juste après Noël. Quoi qu'il en soit son médecin traitant lui a prescrit des statines, le staltor ( anticholestérolémiant interdit depuis quelques années pour effets secondaires graves). Peu après il s'est mis à avoir mal dans tout le corps, notamment dans les muscles et une vilaine douleur au genou s'est réveillée: " il  vous faut une prothèse monsieur, l'arthrose est trop évoluée. 
Elle a été mise, mais mal, les douleurs persistaient toujours. Alors il a fallu déposer la prothèse et en mettre une autre. Manque de bol, celle-là appartenait à une série défectueuse, et il a fallu la redéposer.

Maintenant il est dans un lit d'hôpital ( un sexagénaire), à hurler de douleur, à recevoir antibiotiques sur antibiotiques et son épouse est au bord du divorce. Il clame à grands cris qu'on lui coupe la jambe pour ne plus sentir cette douleur intense.

De qui est-ce la faute? De la statine? Elle a uniquement réveillé la douleur. Du premier chirurgien? Il a reconnu la faute et a fait en sorte qu'elle soit réparée. Du labo commercialisant la dernière prothèse? Dossier compliqué, si un médecin de victime se penche sur ce cas, il ne faudrait pas que ce soit un jeunot dans la profession, il se ferait laminer. 

Mais un manque de bol comme ça c'est digne de La Chèvre.

mercredi 23 octobre 2013

Un patient entre et s'assoie: " Vous vous demandez bien pourquoi je viens vous voir, je ne peux pas me passer de vous.
- Je vous en remercie beaucoup.
- Et ça ne vous fait pas bizarre  de dire ça à quelqu'un qui va bientôt mourir?"
C'est comme ça qu'il m'a annoncé la récidive de son cancer ORL, une véritable cochonnerie.

J'ai enchaîné un peu plus tard parce que je savais qu'il avait besoin de parler autour de la mort: " Ave Caesar, morituri te salutant" ( Bonjour César, ceux qui vont mourir te saluent". 

Allez monsieur, le seul qui m'appelle par mon petit nom, lisez Anticancer et continuez de vous battre avec hargne!