mardi 26 octobre 2010

Il me faut un scanner

Il y a quelques mois j'avais eu des soucis avec une patiente: elle avait reçu une prescription  d'hypocholestérolémiant  par un spécialiste (je n'étais pas au courant), et comme elle n'avait pas tout compris, elle m'avait demandé quoi faire avec son cholestérol, et j'ai fait une ordonnance similaire. Heureusement que la pharmacie m'a prévenue: j'ai rectifié le tir.
Aujourd'hui elle revient d'Etrangie où elle passe sa retraite. Elle y est tombée il y a trois jours. Elle vient me consulter en compagnie de sa fille:
" Docteur, ma maman est tombée il y a quelques jours et il lui faut un scanner cérébral. Elle a aussi mal au dos et   il lui faut aussi un scanner du dos.
-Vous n'avez pas vu le médecin le jour  même?  
- Non, mais elle a toujours mal.
- Mais madame, on ne fait pas des scanners     comme ça! Les irradiations! Quelques fois ce n'est pas utile, c'est pour ça qu'il faut consulter, moi ou un étranger, ce n'est pas un problème, mais un médecin c'est utile.
- Mais on a déjà pris les rendez-vous!"
Pendant l'échange avec la fille je regarde la mère qui répète sans cesse " moi mal là". Elle n'a pas l'air de comprendre ni parler le français. Bizarre, d'autant plus qu'elle parlait mieux il y a un an. 
Je lui demande au moment de l'examiner " Pouvez-vous vous asseoir sur le divan s'il vous plait?" Alors elle monte dessus, se met un moment dans la position du caniche, puis s'allonge sur le ventre, alors que le dossier était relevé! Je demandais à la fille " mais aidez-moi!" mais pudiquement celle-ci ne regardait pas dans la direction où sa mère était encore en combinaison et en difficulté.
Enfin elle s'est assise. Le bilan neurologique n'étant de surcroît pas très bon ( l'épreuve du doigt-nez) j'ai accepté de prescrire le scanner cérebral.   
Quand je lui ai demandé le nom du président français elle a répondu " le petit?" C'est bon, j'accepte.     
Il faut malgré tout éliminer l'hématome sous-dural (hémorragie dans l'espace méningé) ce qui n'est pas si rare après une chute.                                                       

lundi 25 octobre 2010

Ce soir un patient m'appelle: " Docteur, puis-je vous voir ce soir? J'ai fait une radio, je voudrais vous la montrer.
- Cela ne peut-il pas attendre monsieur, il est tard.
- Non docteur c'est urgent".
Bon, je vais le recevoir.
Je le reçois à 20h30. Le patient souffre de "bricoles". Il aurait peut-être  pu attendre demain matin.
Et il me fait la reflexion, tout candide, en repartant: " Mais vous finissez à quelle heure le soir? Vous consultez tard!"
Je n'ai pu m'empêcher de lui repondre que s'il n'était pas venu, je serais partie un quart d'heure plus tôt. C'est tout bêtement vrai et lapalissadesque!

Patients suspicieux

 Seuls 40% des patients à risque sont déjà vaccinés contre 80% d'habitude à la même époque.

La campagne de vaccination contre la grippe saisonnière ne connaît pas le succès traditionnel. Selon les chiffres que s'est procurés Europe 1, à peine 40% des patients à risque - les personnes âgées, les femmes enceintes, les enfants, et les personnes fragiles - sont déjà vaccinés contre 80% habituellement à la même période de l'année. En cause, la défiance contre la grippe H1N1 dont la souche a été intégrée au vaccin.

"Une grosse réticence vis-à-vis du vaccin H1N1"
"La plus grosse crainte, c'est que dans le vaccin de cette année, il y a à la fois la grippe saisonnière et la souche de la grippe H1N1", explique Grégoire Chouraki, pharmacien à Tourcoing. "On s'aperçoit que les gens sont favorables à un vaccin contre la grippe saisonnière mais ont une grosse réticence vis-à-vis du vaccin H1N1. Ils ont l'impression que l'an dernier ils se sont faits vacciner pour rien" et ne veulent pas recommencer cette année, analyse le pharmacien.

Pour Bruno Lina, le directeur du centre national de référence de la grippe, les patients sont devenus très méfiants. Ils ne croient plus en l'efficacité du vaccin et sont très réticents à se faire piquer. "Les médecins passent plus de temps que d'habitude à expliquer l'intérêt de cette vaccination", indique-t-il.

Beaucoup de patients viennent en consultation avec des idées reçues erronées sur le vaccin, notamment la dangerosité de la souche inactivée du H1N1, explique Bruno Lina. Face à ses idées, "les médecins sont démunis", s'alarme-t-il.

Certains spécialistes avaient prévenu l'an dernier du risque de tenir un discours trop alarmiste face au virus H1N1. Aujourd'hui, les patients ont plus peur du vaccin que de la grippe elle même. Le problème, dit Bruno Lina, c'est que pour des personnes à risques; ne pas se vacciner peut être dangereux. Chaque année, rappelle-t-il, la grippe saisonnière tue 2.000 à 3.500 personnes.

Je vis cela tous les jours ou presque dans mon cabinet: il faut que je dédramatise le vaccin tout en restant neutre afin de leur laisser le pouvoir de choix éclairé. Mes premières réticences envers le vaccin antigrippal datent de 2000, je venais de m'installer et j'ai pratiqué une injection à une personne âgée et le type est décédé trois jours après. Ce n'était peut-être qu'une coïncidence mais cela refroidit sérieusement. Je reste quand même neutre.

samedi 23 octobre 2010

Parents toxiques

Un ami m'a relaté cette histoire qui ne me plait pas du tout: sa mère est nourrice agréée et elle a hérité d'un enfant de deux ans doté d'une certaine réputation. Il a été viré déjà de quatre nourrices, intenable, soupçonné autiste.
Il se trouve que ses parents sont très particuliers: il leur arrive d'oublier l'enfant, ils reviennent le chercher régulièrement en retard et prennent des vacances en le laissant à la nourrice. D'autre part ils tiennent à savoir exactement par le menu  l'emploi du temps de l'enfant, ce qu'il a mangé, avec quoi il a joué, s'il est allé aux toilettes etc. Autant dire que les rapport avec la nouvelle nourrice se tendent de jour en jour.

Pour tenter de comprendre leur enfant si difficile ils l'ont emmené consulter un pédopsychiatre et le diagnostic est tombé: dépression grave.
Pauvre enfant! Les parents ne pourraient-ils pas se soigner à la place?

Cela me fait penser à un film, où un pédiatre en réponse à des parents angoissés d'avoir une fille pleine de tics ( et extrèmement dirigistes) dit:  " Foutez-lui la paix!  Laissez-la  manger du Nutella, le mercredi laissez-la se gaver de télé, de ce qu'elle veut, c'est son temps".

En tout cas la nounou est tranquille avec moi: la seule chose qui m'intéresse est le sourire de mon enfant quand je le dépose et que je le reprends de chez Tata. Et très accessoirement le temps de sommeil.

La thérapie génique au secours des dépressions graves

Je suis le Ténébreux, - le Veuf, - l'Inconsolé (...) Ma seule Etoile est morte, - et mon luth constellé porte le Soleil noir de la Mélancolie", soupire Gérard de Nerval dans son poème El Desdichado ("le déshérité"). En écho, Baudelaire, dans son Spleen, décrit les affres de "l'esprit gémissant en proie aux longs ennuis", où "l'Angoisse, atroce, despotique (...) plante son drapeau noir".

 Les poètes et les peintres, dont les états cafardeux ont maintes fois inspiré la veine créative, jugeraient sans doute que l'étude américano-suédoise publiée dans l'édition du 20 octobre de la revue Science Translational Medecine manque furieusement de romantisme. Ce travail laisse entrevoir - de façon encore très préliminaire - la possibilité d'une thérapie génique des dépressions sévères.

Cette stratégie curative, consistant à remplacer des gènes défectueux, ou à introduire des gènes correcteurs dans certaines cellules, est expérimentée depuis peu chez des malades parkinsoniens. Mais elle est inédite pour la dépression. L'enjeu est énorme, puisque cette pathologie est en passe de devenir la deuxième cause d'invalidité après les maladies cardio-vasculaires, selon l'Organisation mondiale de la santé. Et qu'elle résiste, chez près d'un patient sur trois, à l'arsenal des médicaments antidépresseurs.

L'expérience, conduite par Brian Alexander (Weill Cornell Medical College de New York), a pris comme cobayes six jeunes souris mâles. Elle a d'abord inactivé à l'aide d'un virus, dans une minuscule région de leur cerveau appelée noyau accumbens, le gène p11, qui gouverne la synthèse de la protéine du même nom. Celle-ci est connue pour réguler le signal transmis aux cellules cérébrales par la sérotonine, un neuromédiateur impliqué dans l'humeur, le sommeil et la mémoire.

Les chercheurs ont alors observé les mouvements des rongeurs, lorsqu'ils les suspendaient par la queue, ou qu'ils les plongeaient dans une bassine d'eau dont ils ne pouvaient s'échapper. Ils ont constaté que les animaux renonçaient plus vite à se débattre ou à nager, une résignation classiquement observée dans les modèles animaux de dépression. Signe corroboré par leur moindre appétence pour une boisson sucrée, rappelant l'anhédonie (insensibilité au plaisir) des personnes dépressives.

L'équipe a ensuite procédé à l'expérience inverse, en réintroduisant dans leur cerveau, par le truchement d'un autre virus, le bon gène, afin de restaurer l'expression de la protéine. Les animaux ont retrouvé une agitation normale, en même temps que leur goût pour le sucre.

Parallèlement, les chercheurs ont passé au scalpel les tissus cérébraux de 34 cadavres d'humains, dont la moitié avait souffert de dépression et les autres non. Et ils ont découvert, dans le noyau accumbens des premiers, un niveau plus faible de la protéine p11.

Ils en concluent que, chez l'homme comme chez la souris, le noyau accumbens et le gène p11 jouent un rôle-clé dans la dépression. Et qu'une thérapie génique pourrait être envisagée pour "des patients présentant une dépression majeure, et réfractaires aux autres traitements antidépresseurs".

"Il s'agit d'un travail sérieux et novateur, qui apporte des éléments importants sur la physiopathologie de la dépression", commente Stéphane Jamain, de l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm, équipe de psychiatrie génétique, hôpital Henri-Mondor de Créteil). Mais, ajoute-t-il, "cela ne signifie pas qu'il va révolutionner la psychiatrie".

"Le recours à la thérapie génique pour traiter des troubles psychiatriques complexes reste un domaine inexploré", estiment eux aussi, dans une mise en perspective publiée dans la même revue, trois chercheurs de la firme pharmaceutique américaine Johnson & Johnson. A leurs yeux, "même si nous nous engageons sur une nouvelle voie prometteuse, un grand nombre de questions cliniques et réglementaires doivent être résolues avant que de telles thérapies puissent être mises en oeuvre ".

Entre la réaction d'un rongeur pendu par la queue et le comportement humain, il existe un fossé vertigineux. Même si les tests de la pendaison et de la nage forcée font partie de la batterie des protocoles standards utilisés avant l'éventuelle mise sur le marché d'un antidépresseur.

Dans le cas précis, l'extrapolation du modèle animal à l'homme semble d'autant plus hasardeuse que la thérapie génique a été effectuée sur des souris âgées de onze semaines seulement. Ce qui, transposé à l'homme, reviendrait à un traitement précoce, de post-adolescents, potentiellement avant l'apparition des premiers symptômes.

En outre, l'observation, post mortem, d'une carence de la protéine p11 dans le cerveau des sujets dépressifs pose l'éternelle question de la poule et de l'oeuf. Comme il en va pour d'autres troubles psychiatriques, comme la schizophrénie ou l'autisme, il est impossible de déterminer si les anomalies cérébrales repérées sont la cause ou, au contraire, la conséquence de ces affections.

L'étude se focalise de surcroît sur un gène particulier, alors que la dépression, pour autant qu'elle puisse s'expliquer par des causes génétiques, implique vraisemblablement de nombreux gènes.

Il reste à démontrer que celui dont les chercheurs ont mis en évidence l'action joue un rôle plus déterminant que les autres. Cela, pour l'ensemble des manifestations dépressives, et non pas seulement pour un type spécifique de dépression.

Enfin, et peut-être surtout, ce travail propose une approche strictement biologique d'un trouble du comportement, dont les praticiens considèrent qu'il est la résultante d'un faisceau complexe où se mêlent des facteurs personnels, sociaux et environnementaux, associant traumatismes, stress et conditions de vie.

En dépit de toutes ces réserves, les résultats rapportés ont le mérite d'établir l'importance d'une zone très localisée du cerveau dans les états dépressifs. De l'établir, ou de la confirmer, puisque des essais de stimulation profonde du noyau accumbens, par des électrodes, ont déjà été menés pour des cas de dépression sévère résistant aux médicaments.

En outre, note Stéphane Jamain, qu'ils débouchent ou non sur une future thérapie génique, ils offrent un espoir aux dépressifs. Ils suggèrent, en effet, que cette pathologie, même dans l'hypothèse où elle serait inscrite dans les gènes, "peut être corrigée a posteriori, en compensant un déficit de neurotransmetteur".

L'étude est cosignée par treize biologistes, dont le patron, Michael Kaplit, professeur associé au Weill Cornell Medical College, est aussi cofondateur et consultant de la société américaine de biotechnologies Neurologix Inc. Cette société, cotée en Bourse, a acquis la licence d'un brevet déposé par l'université Cornell, sur la thérapie génique avec le gène p11. Les intérêts financiers en jeu expliquent, peut-être, s'agissant des perspectives thérapeutiques, le raccourci un peu rapide fait entre des souris et des hommes.

Pierre Le Hir-- Le Monde le 23/10/2010

On parie que l'on arrivera dans une impasse?  Je ne veux pas être oiseau de mauvais augure mais faire du tout biologique ne me semble pas être très judicieux: combien de gens s'améliorent dans un nouvel environnement et/ou avec une écoute empathique et attentive?  Freud l'avait compris et, au lieu d'avancer dans ses recherches, on est passé à complètement autre chose qui n'est pas exempt d'effets secondaires.
Et d'abord maltraiter les rats de cette façon n'est pas très digne de l'être humain.

jeudi 21 octobre 2010

10 ans!

dix ans je j'exerce dans Hotblool; le premier jour est encore gravé dans ma mémoire: afflux de patients comme jamais ( on était en pleine épidémie de rhino), sept visites à faire en deux heures et les patients complètement désarçonnés par le changement brutal de médecin. Mon prédécesseur n'avait prévenu que ses patients les plus fidèles, certains par lettres, d'autres en se déplaçant.
C'est bien simple, il y avait une telle pression que j'en ai maigri de 7 kg en trois mois! Certains  patients venaient en consultation avec pour objectif principal de me jauger et j'avais l'impression de passer un examen de passage à chaque fois. Et j'ai eu vent d'un patient qui était rentré chez lui en disant à son épouse " vec le nouveau docteur ç'est pas ça".  Mais il ne m'a pas quitté et j'ai en prime parfois des légumes de son jardin.

Mais le temps a passé et bizarrement trois ans après, j'ai eu une étincelle si l'on peut dire: je conduisais dans Hotblood et je me suis soudain trouvée enfin dans les meubles où même les patients les plus fidèles du docteur Cravate m'avaient accepté dans leur environnement à défaut de me consulter.
Mon prédecesseur a été pleuré longtemps "ah  qu'il était bien le docteur Bouclette!" mais elle a véritablement pris une retraite très anticipée puisque qu'elle s'est arrêtée à 38 ans! Je n'ai jamais compris pourquoi. Et quand je lui ai demandé de me remplacer elle a répondu par un Non très catégorique.

J'ai dépassé de un mois son temps et ne ne suis pas encore prête à la prendre ma retraite; je voudrais juste un peu plus de médecins motivés pour s'installer dans nos campagnes.

mercredi 20 octobre 2010

amende pour ne pas télétransmettre et pour télétransmettre

A partir de janvier 2011 les médecins seront priés de télétransmettre au moins 75% de leur feuilles de soin sous peine de payer 50 centimes chacune si elle est papier; y compris pour les arrêts de travail et les demandes de 100%.
Or chaque médecin doit avoir sa propre carte professionnelle de santé ( CPS) et quand il se fait remplacer il laisse sa CPS au remplaçant  qui assure les consultations ( et qui n'a pas de CPS).
Ce matin mon remplaçant me dit tout affolé: " Dr, je ne vais plus pouvoir télétransmettre, un confrère remplaçant s'est servi ( comme il se doit) de la CPS du médecin remplacé et il va au tribunal et encourre une amende de 80 000 euros. Alors depuis aujourd'hui je ne fais plus que des feuilles de soins papier et encore moins d'arrêts de travail en ligne".
Ca c'est la France! Et avec ces bêtises, comme je me fais beaucoup remplacer, je vais peut-être passer en dessous du seuil des 75 pour cent et payer!

Pour les profanes qui n'ont pas tout compris je résume: comme créer un carré à partir d'un cercle qui a les mêmes propriétés que celui-ci? Pile tu gagne, face je perds.
Une dame de la Sécu pourrait-elle me répondre?