lundi 14 mars 2011

Braquage

http://www.jaddo.fr/

Une consoeur blogueuse s'est fait braquer. Toute vaillante et combative qu'elle est, elle n'a rien pu faire, hormis le relater. Et ça, ça réveille un tas de souvenirs que je n'ai pas trop plaisir à me rappeler, mais c'est la réalité actuelle.
Par exemple j'ai travaillé  en Plaine-Saint-Denis pendant quatre mois chez deux consoeurs très chouettes, compétentes mais qui ont  malheureusement l'habitude de se faire braquer "tous les quatre matins". Pourquoi ne changent-elles pas de région? Je les ai remplacées jusqu'au moment où je me suis rendu compte que se faire cambrioler ou braquer était dans le "normal" et le quotidien de ces consoeurs; un jour ( pour la deuxièe fois en quatre mois) je suis arrivée, tout avait été fracturé et elles m'ont demandé si je n'avais rien laissé ouvert. Non mesdames, les voleurs rivalisent d'imagination parfois.
Durant ces quatre mois j'ai aussi été témoin d'une tentative de vol de voiture: j'ai planté mes pleins phares sur eux, toute impulsive que j'étais, les types se sont sauvés et la voiture n'a pas été ouverte ce laps de temps.
Une autre fois la secrétaire s'est fait voler sa voiture presque sous ses yeux.
Je n'étais pas faite pour vivre dans la peur permanente alors j'ai cherché à remplacer à la campagne, cette expérience m'ayant servi de leçon.
Et si l'on me dit que tout le monde doit pouvoir accéder à un médecin, OK c'est vrai. Moi je ne peux pas.

Et j'en suis toute désolée pour Jaddo et ses couettes.

samedi 12 mars 2011

Encore un jeune patient qui m'appelle pour une ordonnance de champix: un autre médecin lui a prescrit pour six semaines et il me demande six semaines supplémentaire. J'ai refusé devant un tel rapport bénéfice-risque négatif. Il était au courant, mais parfois les gens aiment jouer avec le feu. A quand son retrait? Idem pour le zyban mais on ne me le demande plus.

GSK est le fabricant du Zyban, Pfizer du Champix, deux médicaments pour arrêter de fumer, présents sur la liste des 77 médicaments sous surveillance.


Le Zyban est une amphétamine. Son nom chimique est le bupropion mais avant 2000, son véritable nom était amfebutamone. Ce « médicament » a été commercialisé dans le sevrage tabagique, mais c’est également un antidépresseur aux Etats-Unis. Plus intéressant, le laboratoire Orexigen a cherché à le commercialiser en tant que coupe-faim, en association avec un anti-addictif. Les autorités de santé américaines viennent de refuser l’Autorisation de Mise sur le Marché, demandant de creuser davantage la sécurité cardiovasculaire… L’histoire se répète.


Le Champix (commercialisé aux Etats-Unis sous le nom de Chantix) a eu le triste privilège seulement 1 an après sa mise sur le marché d’être le médicament ayant totalisé le plus d’effets indésirables sérieux aux Etats-Unis .
http://www.lepost.fr/article/2011/02/24/2416458_affaire-mediator-le-depute-gerard-bapt-lave-blanc-mais-pas-encore-plus-blanc.html

C'était les dernière nouvelles du front.


jeudi 10 mars 2011

Impuissance post-chirurgicale

Un malheureux patient s'est réveillé il y a quelques mois avec une crise de priapisme (Le priapisme (du grec πριαπισμός, érection) est une situation pénible et potentiellement dangereuse dans laquelle le pénis après l'érection ne retrouve pas sa flaccidité normale au bout de quatre heures, même en l'absence de toute stimulation physique ou psychologique.
Le priapisme est une urgence médicale et a besoin d'être traité par un médecin qualifié.) wikipédia

Il est donc allé aux urgences, on l'a opéré de ce qui coinçait et suite à cela il ne pouvait plus avoir d'érection. "Heureusement"  le chirurgien l'a mis sous valium, ce qui l'a à moitié endormi... et son érection totalement pour le coup.
J'avais sauté en l'air à ce moment comme à mon accoutumé et le patient l'avait arrêté, mais tout ne repartait pas. Alors le chirurgien lui a donné une injection à pratiquer au bon endroit au moment où il en ressent le besoin de façon à ce que la chose puisse s'ériger normalement.

Las! Rien de rien, même avec l'injection de course.
Nous en avons parlé avec son épouse, venue seule,  très sérieusement:
" Mais enfin, il ne dit rien à son médecin?
- Non docteur, il ne lui raconte pas grand chose.
- Je pensais que, entre homme ça pipelettait?
- Non, il y a des sujets dont il ne parle pas, même avec moi"

Il y a d'énormes tabous concernant cette chose si naturelle qu'est l'amour entre deux êtres.  En tout cas chez moi ça cause et parfois j'entends plus que je ne m'y attendais; mais à qui les patients vont en parler s'ils ne peuvent même pas se confier au médecin?




mardi 8 mars 2011

Pauvre patiente délaissée!

Une patiente âgé m'a appelé hier pour un rendez-vous ce jour. Fatiguée et surmenée je lui ai répondu que je n'avait pas le temps mais que mon remplaçant était charmant. Devant son "vous ne voulez pas me soigner?" déséspérée, j'ai accepté de la recevoir ce jour.
Elle entre et commence "Alors docteur, vous ne vouliez pas voir la petite Jeanne?" Elle avait une tête si malheureuse que je n'ai pu m'empêcher de lui planter un baiser sur les deux joues. Elle continue " Vous savez bien docteur que dés que je change de médecin,  les traitements ne marchent pas. Il fallait que je vous voie.
- Mais madame, je ne peux pas vous prendre dans mes bagages en vacances!" Elle a eu l'air rassuré lorsqu'elle a su que ce n'était qu'au mois d'août.
 Pauvre patiente, j'ai osé lui faire ça! Elle qui m'offre un bonbon à chaque fin de consultation! Cependant elle a ajouté cette fois  Et vous ne le méritez pas cette fois!"  Ca a mérité un autre bisou sur les joues de cette sympathique presque nonagénaire.

dimanche 6 mars 2011

Noctran

 Il serait responsable de «chutes» et de «troubles neurologiques et psychiatriques» sur les personnes âgées, principales consommatrices...

La commission d’AMM (autorisation de mise sur le marché) de l’Afssaps a fait connaître vendredi son avis concernant le Noctran, un médicament utilisé contre les troubles du sommeil, rapporte L'Express.fr citant l'AFP.

D’après le communiqué publié sur le site de l’Afssaps, la commission, réunie jeudi, a en effet «reconsidéré le bénéfice/risque du médicament et a voté contre son maintien sur le marché».

Le Noctran, commercialisé uniquement en France depuis 1988 contient une association de trois principes actifs «qui n’a pas montré d’intérêt». En outre, celle-ci présente des risques accrus en raison d’une «importante utilisation chronique du Noctran» alors que la durée du traitement ne devrait pas dépasser quatre semaines.

La commission note que le médicament est souvent utilisé en «surdosage volontaire». Il provoquerait aussi des «chutes», problématiques pour cette tranche d’âge. Les personnes âgées seront les premières concernées si le retrait a lieu. Elles sont les principales consommatrices de ce médicament.

Une décision attendue courant mars
Le Noctran fait partie de la liste des 77 médicaments faisant l’objet d’une surveillance renforcée, publiée en janvier. La liste mentionnait déjà une possibilité de retrait.

En attendant je conseille  à tous ceux qui en prennent de commencer leur sevrage avec l'aide de leur médecin.
... J'avais oublié qu'il y avait un neuroleptique dans la composition, ce qui rend d'autant plus necessaire son interdiction: dans un simple trouble du sommeil c'est un peu exagéré.

jeudi 3 mars 2011

Savoir arrêter son traitement

Une revenante: "Bonjour docteur, j'étais pendant un an et demi avec un autre médecin mais je préfère revenir vous voir et faire des kilomètres en plus. Le médecin que je voyais est en quelque sorte un  "monsieur 23 euros" qui est complètement désabusé et en qui je n'ai plus confiance.  En particulier je suis allée le voir car j'étais stressée et il m'a consulté trois minutes, fait une ordonnance de déroxat, ce que je sais que vous n'aimez pas.
- Vous l'avez pris?
- Je ne vous cache pas que je l'ai pris une semaine, puis je me suis sentie comme des contractures de partout, stressée et l'ai arrêté.
- Et ensuite?
- Je suis retournée le voir pour ma fille et il m'a dit "Vous n'êtes pas revenue pour le renouvellement de votre déroxat?" " Non docteur je ne le prends pas, je n'ai pas confiance". "Mais vous avez confiance en moi?" "Ca n'a rien à voir, c'est le médicament, je ne suis pas bien avec". "Alors ce n'est pas la peine de me revoir si vous ne prenez pas votre traitement, au revoir".

Si j'ai pu,  ne serait-ce que faire réfléchir les patients concernant les médicaments qu'on leur prescrit je suis absolument ravie. Mon livre et ce blog ont cette ambition. Et j'aurais bien mérité cette article que l'on a fait sur moi dans l'express: "la généraliste rebelle".

mercredi 2 mars 2011

Ces pilules qui font du mal à la Sécu

Détournés de leur utilisation première, de nombreux médicaments sont prescrits de manière abusive. Une pratique qui, en plus d'être parfois dangereuse, coûte cher à l'Assurance-maladie.

"Les firmes ont tendance à encourager les médecins à prescrire en dehors de l'AMM ou des recommandations pour élargir leur marché", Bruno Toussaint, de Prescrire.

Médiator
128 millions d'euros remboursés entre 2004 et 2009 pour cet antidiabétique de Servier.
20 % de gaspillage, lié à des prescriptions comme coupe-faim injustifiées.

Parmi les patients traités avec le Mediator, 20 % au moins, selon l'Inspection générale des affaires sociales, n'auraient jamais dû avaler ces comprimés. Ils n'étaient pas diabétiques, mais voulaient perdre du poids, et le produit leur a été prescrit pour ses propriétés anorexigènes. Or sa vente n'était pas autorisée pour cette indication... "La prescription de médicaments en dehors du périmètre de leur autorisation de mise sur le marché (AMM) tient presque du sport national", déplore Jean-Marc Aubert, consultant chez Jalma et ancien directeur délégué de la Caisse nationale d'assurance-maladie (Cnam).
ACOMPLIA
25 millions d'euros remboursés entre 2007 et 2009 pour ce médicament amaigrissant réservé aux diabétiques fabriqué par Sanofi-Aventis.
Un tiers de gaspillage, du fait de la prescription à des non-diabétiques.

Parfois, cela peut se justifier, pour les patients souffrant de maladies rares ou pour les enfants : les laboratoires demandent rarement une autorisation pour ces publics restreints et considérés comme trop peu rentables. Mais la majorité de ces prescriptions est tout simplement injustifiée. En théorie, elles ne devraient pas être prises en charge par l'Assurance-maladie. En pratique, les médecins "oublient" souvent de noter sur leur ordonnance que le produit, dans ce cas, n'est pas remboursable. Un vrai gaspillage qui vient creuser un peu plus le trou de la Sécu. Rien qu'au titre de ces ordonnances abusives, le seul Mediator a généré plus de 25 millions d'euros de dépenses inutiles entre 2004 et 2009.

Hormones thyroïdiennes ou diurétiques pour maigrir...

CREON
65 millions d'euros remboursés entre 2005 et 2009 pour ce traitement de maladies pancréatiques du laboratoire Abbott.
50 % de gaspillage, lié à des prescriptions pour "améliorer la digestion".

Aucune donnée ne permet d'évaluer l'ampleur de ces dérives, ni le manque à gagner pour l'Assurance-maladie. Mais quelques rares études aident à cerner l'ampleur du phénomène. Prenons les antidépresseurs : "Environ un tiers des prescriptions sont liées à des dépressions courtes ou légères. Or il n'existe aucune preuve scientifique de l'efficacité de ces produits dans ces situations", soupire Jean-Marc Aubert. Ces molécules ont coûté 540 millions d'euros à la Sécu en 2009 - dont 178 millions sans doute en pure perte...

"Les deux domaines les plus concernés par ce détournement d'utilisation sont le blanchiment de la peau, avec les pommades à base de corticoïdes, et la perte de poids", constate André Deseur, de l'ordre des médecins. Amenée à sanctionner les médecins indélicats, cette instance juge régulièrement des dossiers de prescriptions injustifiées de diurétiques ou d'hormones thyroïdiennes - des molécules à l'effet amaigrissant, même s'il est souvent provisoire. Dans le même ordre d'idée, la Haute Autorité de santé (HAS) a enquêté sur le Creon, destiné à soigner les maladies du pancréas. Résultat : ce médicament est administré plus d'une fois sur deux en dehors de l'AMM, pour "faciliter la digestion". Gaspillage : 32 millions d'euros entre 2005 et 2009.

STATINES
1 milliard d'euros remboursé en 2009 pour ces molécules anticholestérol.
Les deux tiers des traitements instaurés l'ont été sans suivre les recommandations (régime préalable...) en 2003. La situation s'améliore, mais des progrès restent possibles.

Des médecins pas assez formés à la pharmacopée

"Les abus peuvent aussi concerner des prescriptions respectant l'AMM mais pas le périmètre de remboursement fixé par les pouvoirs publics", ajoute Gilles Bouvenot, de la HAS. Exemple célèbre : l'Acomplia, la pilule amaigrissante de Sanofi, retirée du marché en 2009. Elle ne devait être remboursée que pour les diabétiques en surpoids. "En réalité, un tiers des patients ne prenaient pas d'antidiabétiques en même temps", raconte Gilles Bouvenot. La plupart ne souffraient donc probablement pas de diabète, ce qui représente pour la Sécu des dépenses indues de 8 millions d'euros entre 2007 et 2009. Et il y a aussi tous les comprimés prescrits sans respecter les "recommandations de bonnes pratiques", comme les antibiotiques en cas d'infection virale. Ou les molécules anticholestérol, dont les statines, remboursées à hauteur de plus de 1 milliard d'euros par an. En 2003, les experts de la Sécu ont démontré que les deux tiers de ces traitements étaient instaurés en dehors de tout risque cardio-vasculaire avéré et sans régime préalable, contrairement aux recommandations. La situation se serait améliorée depuis, même s'il reste, selon la Cnam, "des marges de progrès".

ANTIDÉPRESSEURS
540 millions d'euros remboursés en 2009 pour ces produits réservés aux dépressions graves.
Un tiers de gaspillage, lié à des prescriptions pour des épisodes dépressifs courts ou légers.

Que trouve-t-on à l'origine de ces abus ? La pression des patients et la trop faible formation des médecins à la pharmacopée. Le lobbying des laboratoires, aussi. "Les firmes ont tendance à encourager les médecins à prescrire en dehors de l'AMM ou des recommandations pour élargir leur marché", constate Bruno Toussaint, de Prescrire, qui réclamait de longue date le retrait du Mediator. La revue a piloté pendant quinze ans un observatoire de la visite médicale, dont elle pointait les dérives. Il n'a pas été réédité depuis 2006, mais le sujet reste d'actualité. Pour preuve : en France, des publicités sont régulièrement retirées pour "extension abusive d'indication". Et, aux Etats-Unis, AstraZeneca a été condamné à verser plus de 500 millions d'euros pour avoir promu un traitement contre les troubles bipolaires et la schizophrénie dans de nombreuses autres pathologies (Alzheimer, angoisse, dépression...). Un avertissement pour les labos français

Article un peu long mais édifiant! Le pire est que cette situation se sait depuis des lustres mais on laisse aller. Ce n'est pas pour rien que j'ai hurlé contre les pratiques du labo commercialisant Accomplia dans mon livre! Concernant les crèmes pour blanchir la peau ( corticoïdes), j'ai été laxiste un petit peu, ne refusant pas de les renouveler à des noires de la Plaine Saint Denis ; elles avaient toutes une bonne explication pour me les demander " eczéma chronique docteur".
Et les antidépresseurs! Je  pense qu'ils n'ont pas vraiment leur  place en médecine générale.

 Mais la pression des labos, le beau visuel et on se laisse convaincre. 
Alors on pourrait modifier le titre: "ces pilules qui font du mal aux patients".