mardi 12 octobre 2010

Une casse-pied

Une de mes patientes très âgée est très, très  pressée de rejoindre son défunt mari et le clame haut et fort en permanence.
Ce jour je vais chez elle:
" Bonjour madame. Que puis-je pour vous?
- Deux ou trois choses... Il y a mon vaccin pour la grippe aussi.
- Vous m'étonnez. Vous voulez vraiment le faire avec tout votre souhait d'en finir?
- Oui. Car j'ai appris que des personnes pouvaient mourir de la vaccination, alors je le fais.
- Mais on peut mourir aussi de la grippe! C'est efficace.
- Je le fais quand même".

Un peu plus tard:
" Docteur, il est peut-être temps que je change de médecin, car vous me connaissez trop bien et ne prenez pas assez soin de moi.
- A propos de quoi?
- Je gonfle! Je suis sûre que c'est l'urée, vous ne me l'avez pas dosée".

Puis,
" J'ai combien de tension? Car je n'ai pas pris mon traitement depuis trois jours.
- 16/10.
- Tant mieux! Je partirai plus vite."
Et à la fin:
" je parie que vous n'avez pas beaucoup de patientes aussi casse-pied!
- C'est vrai, mais cela prouve que tous vos neurones marchent impeccablement".

On peut dire qu'elle a de la repartie la nonagénaire; pour sûr qu'elle ne s'est pas fait que des amis dans la vie. Mais cela doit être épouvantable de vivre aussi longtemps alors que tous ses copains de classe ont déjà passé l'arme à gauche: d'ailleurs on les recense à chaque consultation en ce moment.

dimanche 10 octobre 2010

Pas de viagra féminin

"Viagra féminin": Boehringer Ingelheim jette l'éponge



(AFP) – Il y a 1 jour
BERLIN — Le groupe pharmaceutique allemand Boehringer Ingelheim a annoncé qu'il abandonnait le développement de son médicament censé doper la libido féminine, après l'avis négatif rendu en juin par le comité consultatif indépendant de l'Agence américaine des médicaments.

"La réponse des autorités ainsi que la complexité et l'ampleur des questions supplémentaires auxquelles il faudrait répondre pour éventuellement obtenir une autorisation de mise sur le marché pour le flibanserin ont amené la compagnie à décider de se concentrer sur d'autres produits en développement", écrit la société dans un communiqué publié sur son site internet en anglais.

"La décision n'a pas été facile à prendre (...) Nous restons convaincus des effets positifs en terme de ratio risques/bénéfices pour les femmes souffrant de +trouble hypoactif du désir sexuel+ avec le flibanserin", ajoute Andreas Barner, président du conseil d'administration, cité dans le communiqué.

Mi-juin, le comité consultatif indépendant de l'Agence américaine des médicaments (FDA) s'était prononcé contre la commercialisation du flibanserin.

Des essais cliniques effectuée par des médecins de la FDA n'avaient pas prouvé "une amélioration significative du désir sexuel".

En outre, cette molécule présentait un risque d'effets secondaires comme la dépression et des étourdissements.

A ce jour, la commercialisation du flibanserin, dont le nom commercial est le Girosa, n'a été approuvée nulle part dans le monde.

Boehringer Ingelheim misait beaucoup sur cette molécule pour traîter les femmes pré-ménopausées disant souffrir de manque d'appétit sexuel, un segment encore vierge malgré le succès phénoménal côté masculin du Viagra depuis sa commercialisation en 1998, puis de Cialis et Levitra par la suite.

Le marché du "Viagra féminin" pourrait atteindre deux milliards de dollars.

Selon plusieurs études médicales, au moins 40% des femmes souffriraient à différents degrés d'hypoactivité sexuelle.

Le flibanserin, initialement un antidépresseur, réduit le niveau de sérotonine qui peut éteindre le désir sexuel et dope la teneur sanguine en dopamine et norépinéphrine, des substances stimulant la libido, selon le laboratoire.

Voilà ce que j'appelle une conduite responsable! Vérifier objectivement les bénéfices et les risques. C'est sûr que cela rapportera moins au labo immédiatement, mais ce genre de conduite paie dans la durée car ils seront plus crédibles.

samedi 9 octobre 2010

TV : “VITAL DÉSIR”, UN FILM SUR LE DISTILBÈNE

 Le Distilbène s’appelle ici Distalmide puisque « Vital désir » est une fiction. Mais, en racontant le combat de Florence pour avoir un enfant, il s’agit bien d’évoquer les ravages d’un médicament prescrit pour prévenir les fausses couches qui ne fut interdit en France qu’en 1977. Un scandale lorsqu’on sait que, six ans avant, les Etats-Unis l’avaient retiré de la vente car, en plus de se révéler inefficace, il provoquait des cancers et des malformations de l’utérus chez les filles des femmes qui en avaient pris. Florence est l’une de ces filles au terrible héritage. Evelyne Pisier, la scénariste, s’est entourée, entre autres, de Muriel Flis-Trèves psychiatre de renom qui travaille avec le Pr Frydman, spécialiste de la procréation médicalement assistée. Autant dire que « Vital désir », téléfilm sensible, est aussi nourri du désir d’informer et de dénoncer.

*« Vital désir », samedi 9 octobre, à 20 h 35 sur France 3


Il ne faut pas penser que les scandales  vont s'arrêter sauf si les labos pharmaceutiques pensent plus au bien-être du patient avant tout, et sait changer le cap quand le vent tourne. En gros, prennent en considération tous les effets secondaires qui remontent et surtout les études avant autorisations de mise sur le marché devraient être on ne peut plus rigoureuses.


vendredi 8 octobre 2010

Appel contre les soins sécuritaires

Signez l’appel en ligne !


Les politiques sociales et sanitaires, les lois récentes et à venir transforment nos représentations: les soins y deviennent un marché concurrentiel et la « folie » y est représentée comme un état forcément dangereux.


Il est douloureux pour nous, et pourtant fondamental dans la période que nous vivons, d’avoir à rappeler que ce qu’on appelle un « fou », est d’abord un homme !


Après la loi « HPST » qui organise la concurrence entre public et privé lucratif pour les missions de service public, vient le « Projet de loi relatif aux droits et à la protection des personnes faisant l’objet de soins psychiatriques et à leurs modalités de prise en charge », qui est l’application attendue du discours du président de la République du 2 décembre 2008.


Ce projet fait du « soin sans consentement » le modèle du soin psychique. Il maintient l’exception française en Europe d’une loi spécifique pour le traitement sous contrainte en psychiatrie, sans qu’un juge intervienne dans l’autorisation de cette privation de liberté. En posant le principe d’un soin sous contrainte imposable tant à l’hôpital qu’au domicile du patient, il y ajoute l’atteinte à la vie privée. Ainsi, les patients, fichés et contraints, se verraient enfermés dans une véritable trappe psychiatrique : considérés à vie comme des malades mentaux potentiellement dangereux.


L’entrée dans le soin est annoncée de fait comme une garde à vue psychiatrique de 72 heures, durant laquelle toute action de traitement contraint serait autorisée. C’est plus encore qu’un régime de liberté surveillée, puisque pouvant autoriser toute intrusion dans l’intimité et le corps du patient.






Nous sommes également opposés à des soins sans consentement en « ambulatoire ». Ce serait la partie immergée d’une psychiatrie sécuritaire, autoritaire et paternaliste. Pour les professionnels comme pour les usagers ce serait accepter que l’obligation de moyens pour l’Etat en vue d’une psychiatrie d’accueil et de soin, soit au contraire celle de l’organisation d’un nouveau « grand renfermement » actualisé. Depuis décembre 2008, l’État a trouvé l’argent pour construire 4 unités pour malades difficiles, pour installer ou rénover des chambres d’isolement et installer la vidéosurveillance ! N’oublions pas qu’une telle disposition entre aussi dans le cadre de la nouvelle gouvernance : cela coûterait moins cher et cela pourrait donner lieu au développement de services à but lucratif.






Au vu de l’application de fichiers dans d’autres domaines (que nous dénonçons), ce projet contient la perspective d’un fichage national généralisé de toute personne bénéficiant de soins spécialisés. Cette disposition adhère à l’amalgame entre « folie » et « dangerosité », amalgame que nous condamnons. Toutes les études sur le sujet en démontrent la fausseté. En insistant sur la figure de l’aliéné, le pouvoir justifie sa politique de la peur et la société de surveillance qu’il met en place. Tel est le véritable sens du « soin sans consentement » prévu dans ce texte


Citoyens, élus, usagers, professionnels, nous devons tenir bon.


Le soin psychique ne concerne pas que des « états aigus », des « troubles du comportement », auxquels la réponse unique serait simplement médicale, médicamenteuse et normalisatrice. Le soin psychique demande des approches complexes, des disponibilités d’accueil, d’écoute, d’accompagnement, d’hospitalité, des pratiques de négociation avec le patient et son entourage, avec des intervenants souvent nombreux, en difficulté, et aux intérêts différents. Cela implique que la « personne présentant des troubles psychiques » soit pensée et vécue comme un corps, une subjectivité singulière, une personne, un individu social, et un sujet de droit. Une telle fondation éthique a pu et peut toujours s’illustrer dans des pratiques concrètes. L’État se doit de les favoriser.






On comprendra alors notre appel pour une mobilisation publique contre un tel projet de « condamnation au soin », et contre le projet politique qu’il promeut. Si une obligation de soin peut s’imposer, elle doit être cadrée de manière à assurer l’articulation du droit à des soins garantissant la préservation de l’intégrité de la personne et de ses droits, et de droits de recours effectifs. La mise en œuvre d’une telle obligation ne peut se dérouler que pour une durée limitée sous le contrôle de la justice dans un lieu de soins spécialisé agréé et assurant des soins 24h / 24. Nous soutenons qu’il est possible pour l’essentiel d’aménager des espaces et des temps d’accueil, de traitement actif de la demande des tiers, de négociation et d’élaboration avec une personne présentant un état psychique pouvant éventuellement conduire à un traitement contraint.


Il faut en finir avec l’exception psychiatrique ; le droit commun doit s’appliquer. Il faut en finir avec le pouvoir du Préfet, qui a toujours signifié loi de police et mesure de sûreté. Il faut une mesure de protection de la personne, qui relève alors de recommandations médicales et d’une obligation de prendre soin pour les services psychiatriques dans le respect de la dignité de la personne et de sa parole, autant que d’une autorisation et d’un contrôle par l’instance d’un juge judiciaire.




Ce projet de loi est un leurre démagogique à l’égard des familles, des voisins, de l’ordre public. Voté, il aurait des conséquences lourdes pour les libertés individuelles, les droits collectifs et le soin psychique. Nous demandons instamment aux parlementaires de repousser un tel projet. Nous invitons professionnels, élus, usagers, citoyens à débattre partout et à faire valoir l’alternative esquissée ici pour répondre à la situation.
http://www.maiscestunhomme.org/

a tous ceux qui veulent signer. L'heure est grave pour les libertés

mercredi 6 octobre 2010

Une patiente qui va bien

La patiente dont le psychiatre a allege le traitement de facon drastique en lui introduisant un betabloquant [ un antihypertenseur et ralentisseur du coeur] va toujours extremement bien. et elle est toute rigolote Quand je pense que des ribambelles de psy se sont penches sur son cas alors qu'elle se suicidait regulierement... En fait elle avait un probleme plutot physique et personne ne s'en etait rendu compte, et meme pas moi. ca m'apprendra a chercher mieux.

[non, je ne fais aucune faute, je suis juste sur un clavier anglais]

J'avais des tas de choses a dire sur la mepronizine mais je n'aurai pas les textes exacts ce jour: le laboratoire le commercialisant propose a l'AFFAPS de:
  - changer les conditionnement des boites de 30 a 5comprimes;     
 - de le prescrire sur 5 jours maximum;
 - d'eviter de le prescrire au personnes agees.
Pourquoi?
Ce produit contenant un derive de barbiturique est bourre d'effets secondaires [ comme le  noctran  mais le labo le commercialisant ne nous a pas ecrit le meme genre de lettre] et   a premiere vue le labo est devore de scrupules sur le fait de continuer a le commercialiser.
J'aurais prefere pour ma part un arret de commercialisation pur et simple mais c'est deja un tres grand pas.                                                            

dimanche 3 octobre 2010

Parfois la psy déraille

Une de mes copines lorsqu'elle était nouvellement en couple, portait des rondeurs respectables. Beaucoup de régimes avaient été tentés ( dont sans doute les amphétamines, extraits thyroïdien et diurétiques, cocktail non interdit à l'époque) et on lui avait conseillé de se faire " psychothérapée" pour éliminer tout blocage psychique éventuel qui empêcherait l'ammaigrissement.
Elle est donc allée voir un éminent psychanalyste parisien à 300 francs la séances, une fois par semaine pendant six mois.
Tout au long de ses séances elle a entendu de sa part des remarques étranges dont je ne livre qu'un échantillonnage:
" Si vous aimiez réellement votre mari vous vous mettriez à maigrir"
" Ayez un enfant, ça réglera les problèmes"
Et comme elle parlait parfois de la famille de son compagnon qui était un peu encombrante:
" Ca vous arrange d'avoir trouvé une famille comme ça, ça permet d'occulter vos propres problèmes".
Elle a stoppé les séances au bout de quelques mois, le porte- monnaie ne sufffisant plus et elle ne trouvant pas d'amélioration à son état.

Cette histoire m'a fait pensé à un livre que j'ai lu " Sans visage et sans nom" de Clémentine Séverin, une jeune femme qui n'avait pas forcément besoin d'une psychothérapie qu'on lui a conseillé dans le cadre de ses études d'assistante sociale et qui est descendue presque aux enfers.


vendredi 1 octobre 2010

Effets secondaires du Champix

Le Champix, la panacée selon certains pour arrêter de fumer a récolté de mises en garde supplémentaires:" Des modifications du comportement ou pensées anormale, de l'anxiété, une psychose, des sautes d'humeur, un comportement agressifs (...) dans de nombreux cas rapportés depuis la commercialisation, la résolution des symptômes a été observée après l'arrêt du champix, cependant dans certains cas, les symptômes ont persisté après l'arrêt.   ( lu sur Prescrire)
J'aime à penser que j'y ai contribué puisque j'avais fait remonté un cas extrèmement grave à la pharmacovigilance: trois mois en hôpital psychiatrique chez une patiente de 50 ans.
Hier encore une personne me confiait qu'après avoir arrêté de fumer, elle était en pleine depression et qu'elle s'était remise à fumer.
Et je lui ai demandé " Avez-vous pris un truc pour l'arrêt?
- Oui, du Champix. Ca me fait réellement déprimer de ne plus fumer.
- Et combien de temps après l'arrêt avez-vous ressenti des idées noires?
- Environ deux mois.
- Alors c'est le Champix madame".
Je suis sûre que mes confrères sont tombés sur des cas analogues. Le principe " D'abord ne pas nuire, primum non nocere" est vraiment mis à mal avec cette molécule.